Henry Miller, Plexus
POUR les Sophistes
Quoi de meilleur pour retrouver la verve que d'écrire au sujet de ces personnages merveilleux sortis du conte qu'est l'histoire de la philosophie? Si cette histoire ne leur est pas favorable quand elle est raconté par ceux qui croient aux histoires à dormir debout, aux histoires enfantines des Héros moralisants (Socrate), des Dieux (Jésus), des Monstres (l'Etat), le sort des sophistes plaira d'avantage aux individus avides de rire, de mouvement, de néant enchanté, de poésie, de voyage, et surtout d'une lucidité peu commune. Ces personnages, héros en leur vie, dieux malins de la philosophie et monstres techniques ne sont finalement que des hommes, qui pratiquent l'art de la politique, de la médecine, de la justice, de la mesure et de la puissance, de façon humaine, trop humaine. Peut être comprendra-t-on mieux alors le sens de ce « humain, trop humain », peut-être comprendra-t-on surtout que notre humanité n'est en rien une affliction, une blessure, une malédiction, un péché...
Il s'agit d'abord de comprendre la fabuleuse ascendance du courant de pensée sophiste. Ce qui peut être ici rassemblé comme indice est présent dans les nombreuses anecdotes du monde antique souvent blessantes à leur propos. Combien de pamphlets intitulés « contre les sophistes »? Si aujourd'hui par miracle, on aime encore les sophistes, c'est pour l'idée de « malsain » qu'ils engendrent, par désir d'être alternatif à ses propres yeux, et aux yeux des autres, comme aujourd'hui certains vénèrent le diable et les démons. Mais là où ces témoignages visaient à obscurcir la réputation des sophistes par la mention de « mauvaises fréquentations », ils l'éclairent de milles feux aux yeux des modernes, et autres post modernes. On apprend ainsi qu'ils s'inscrivent en droite lignée du mouvement héraclitéen. Rien n'est, tout coule; on ne marche jamais deux fois de suite dans a même rivière, etc... (cf texte sur la marche, juillet 2007). On pourrait rajouter qu'avec les sophistes, on n'y entre même pas une seule fois de suite, car il faudrait alors que la rivière soit. La rivière, et toutes les « choses en soi » sont donc plutôt des concepts, mais surement pas de l'être. Gorgias, et Protagoras, les deux grandes figures du mouvement sophiste achèvent l'Etre parménidien à coup de non être et de phénoménologie intégrale. La « chose en soi » est rejetée quelques 2400 ans avant même que Nietzsche ne formule le problème. Et c'est par la parodie rationnelle, arme minimale mais efficace, que Gorgias combat ce mouvement de pensée. Ecoutez plutôt le comique de cette démonstration, singeant par la même le sérieux d'un Zénon, et surtout d'un Parménide:
_Une chose ne peut pas être et ne pas être en même temps
_non être n'est pas et être est (par définition)
_Si être est, non-être est aussi (loi des contraires)
_donc ni être, ni non être ne sont (conclusion logique)
Gorgias induit de cette amusante démonstration qu'il n'existe que du non-être. Admirable intuition plutôt que démonstration rigoureuse, d'un premier nihilisme (au sens strict, et non comme Nietzsche l'entend). Protagoras relativisera cette négation de l'être, ou plutôt construira sur les ruines parménidiennes une phénoménologie intégrale, qui emprunte beaucoup à la théorie des simulacres de Démocrite, son maître à deux aspects. Protagoras était en effet l'esclave de Démocrite (ce qui montre le discernement de ce dernier), progressivement devint son secrétaire pour enfin s'avérer son disciple, disciple qui, comme tout bon disciple, rejetera progressivement la quasi totalité de l'atomisme abdéritain. Rappelons rapidement la théorie des simulacres: pour Démocrite, la réalité est composée de micro éléments, les atomes, et nous apparaît sous forme de simulacres, c'est à dire de sensations dues à la projection d'atomes dans nos organes sensuels, sur et dans notre corp. Mais là où la réalité est le monde composé d'atome chez Démocrite, Protagoras introduit une formidable idée: la réalité, si on doit utiliser ce mot, ce n'est pas le monde projeté, mais la projection elle même, la « représentation ». Notons que dans une conception protagorasienne le problème que pose le terme de « représentation », qui induirai une conception d'une dualité entre la présentation de la chose en soi, le fait qu'elle soit, et sa représentation, le fait qu'elle nous apparaît, amène à considérer l'usage du terme « présentation » du monde comme plus approprié. Il n'existe plus de chose en soi, d'être, mais seulement des apparitions, des apparences. Terrible tremblement de la terre philosophique comparable à l'abandon des dieux en faveur de la nature, du passage d'Homère aux philosophes naturalistes. Tout la pensée postmoderne est là bien avant la modernité: subjectivité, perspective, relativité absolue. Rappelons que seules ces conceptions rendent possibles l'invention de la psychologie, de la sociologie, bref des « sciences » qui étudient le déterminisme dans ses différentes composantes.
[à ce propos, il n'est pas étonnant que des prétendus philosophes chrétiens, juifs et musulmans (Ricoeur, Finkelkraut etc) rejettent en bloc la sociologie bourdieusienne dont la perspective dominant/dominés est une des principales caractéristiques:
cf http://www.acrimed.org/article2762.html]
Enfin, et on garde le meilleur pour la fin, le courant sophiste apparaît comme le premier et étrangement le plus mature courant humaniste. Protagoras affirme donc:
« L'homme est la mesure des choses, de celles qui sont qu'elles sont, de celles qui ne sont pas qu'elles ne sont pas. »
La doctrine de la mesure place donc pour la première fois l'homme au centre de tout système de pensée. Les choses existent (ou pas) seulement pour les hommes, elles ne sont rien sans lui.Mais l'homme de Protagoras, ce n'est pas l'Homme, norme universelle voire transcendentale, qui définit ceux qui méritent le qualificatif d'humain, et ceux qui ne le méritent pas. L'humanité de Protagoras, ce n'est pas le groupe des humains, ce n'est pas une condition non plus. L'homme de Protagoras c'est l'homme individuel qui créé son monde par la façon dont il le mesure. C'est donc le véritable créateur du monde. Partant d'un nihilisme, d'une négation du monde de la chose en soi, on assite à la création des mondes des hommes par les hommes. Plus de frontière stricte entre apparence et réalité, plus de différence entre savoir et croyance, plus de critère entre vérité et semblance.
A cette doctrine s'ajoute de façon formidable l'aphorisme de Nietzsche:
« Peut être toute la moralité des hommes a-t-elle son origine dans la prodigieuse émotion intérieure qui s'empara des primitifs quand ils découvrirent la mesure et l'art de mesurer, la balance et l'art de peser (le mot homme signifie en effet celui qui mesure, il a voulu se nommer d'après sa plus grande découverte!). A l'aide de ces notions, ils se sont haussés jusqu'à des régions qui échappent à toute mesure et à toute pesée, mais qui ne semblaient pas être telles à l'origine. »
Humain, trop humain, le voyageur et son ombre, aphorisme 21
On comprend mieux l'importance de la mesure. En suivant Nietzsche, c'est la mesure qui est le critère de distinction entre l'homme et l'animal, même s'il reste quantité d'animal en nous. L'émotion dont il parle, c'est la puissance que l'homme éprouve en créant la mesure. En effet, comme le suggère M.Untersteiner, la mesure suggère aussi le contrôle, la maîtrise. Si l'on établit une mesure, c'est que l'on contrôle et que l'on maitrîse ce qui est mesuré. Si l'homme est la mesure de toute chose, alors tout son monde est mesuré, contrôlé et maîtrisé par lui. Ainsi, sans échapper à la nécessité, mais plutôt en évoluant en son sein, puisque la mesure est une nécessité, il semble contrôler son monde. Là est selon les sophistes la source de la puissance, puissance étant comprise comme émotion. C'est contre cette émotion de puissance qui fait inventer aux humanistes anti sophistes (aux anti humanistes? En tous cas Platon en tête de ligne) des choses qui ne sont mesurables: les Dieux et les Idées. Mais seule la mesure, le contrôle de ses représentations peut lui donner la puissance de créer de telles « choses ». L'humanité de « L'humain, trop humain » de Nietzsche est donc compris ici non comme une limite, comme une limitation de la puissance, mais plutôt comme l'usage non mesuré de cette puissance, qui fait mesurer et créer à l'homme des choses non mesurable (Dieu, morale déiste et transcendentale, Etat).
L'essence même de la pensée sophiste est trop souvent confondue avec ses conclusions. Tout le travail réalisé sur le langage comme médium de réalité politique par Protagoras, Gorgias, Antiphon et les autres, n'est possible que par cette pensée extrêmement complexe du nihilisme ontologique, de la phénoménologie, et de la mesure comme source d'humanité. Conclusions fameuses en terme de réflexion politique: pour qu'existe la démocratie, chacun doit être capable de faire preuve d'indépendance de point de vue, et donc de maitrîse des médias politiques, tant dans la réception que dans l'émission. Les sophistes se sont chargés eux mêmes de cette éducation par l'apprentissage de la rhétorique aux jeunes athéniens, en n'apprenant que la technique de la rhétorique et de la sophistique sans y incorporer de vision idéologique. C'est, semble-t-il, toute la différence entre un apprentissage sophiste, qui nous manque aujourd'hui cruellement, et l'école des professeurs qui donne les tristes résultats que l'on connait: l'absence d'opinions politique propres et construites et la monopolisation par peu de l'espace et du propos politique.
On peut souvent mieux comprendre l’histoire de la philosophie en regardant de plus près la pratique de ceux qui l’ont écrite. Les écrits, ce qu’il reste, parlent en fait moins, et surtout moins bien, que les pratiques. L’écrit pose le problème de la traduction, de la transmission, mais surtout du choc épistémologique, de la différence fondamentale de connaissance entre celui qui envoie le message et celui qui le reçoit. Ainsi il est difficile et vain de lire les philosophes de l’antiquité sans comprendre ce qu’est le monde antique, les valeurs et pratiques antiques. Mais on peut dire que l’histoire de la philosophie est traversée par des courants transhistoriques, comme celui fondamental du statisme et du dynamisme, opposition initiée par le concept d’Etre de Parménide, et celui du Mouvement d’Héraclite. Rappelons rapidement cette opposition.
Pour Parménide, dont Platon s’inspirera beaucoup par la suite, l’Etre est immuable, inchangeable, éternel. Le temps n’a aucun effet sur lui. De fait le temps n’est pour Parménide qu’une illusion. Si nous sentons le changement, c’est de fait que nous n’avons aucun accès à l’Etre par nos sens, mais plutôt par le langage et le concept. Les sens nous font croire au changement mais nos concepts nous apprennent l’éternel et l’identique. Il faut bien comprendre que chez Parménide la réalité du « dit » est bien supérieure à la réalité du « senti ». On peut déjà voir la tradition idéaliste s’installer.
Pour Héraclite, tout change sans cesse. Selon la célèbre sentence du philosophe, « on ne marche jamais deux fois dans la même rivière ». Le temps et l’espace sont deux dimensions d’une inépuisable combinaison de faits. Nous pensons l’identité mais nous sentons le changement. L’utilisation du « logos », du langage et de la logique pervertit nos conceptions et nous amènent à la fausse conception de l’Etre. On comprend dès lors ce qu’est la tradition sensualiste : la réalité du « senti » dépasse de loin celle du « dit » et du « pensé ».
En fait, ces deux courants, le statisme et le dynamisme peuvent être symbolisés par la pratique que les philosophes font de la marche. On peut décrire des opposés et des cas limites. Que penser de la pratique de Platon qui marche dans les rues d’Athènes avec pour but d’arriver à l’Académie, un lieu bien identifié et statique, puis philosopher uniquement à cet endroit ? Que penser de son persiflage contre des sophistes itinérants ? Que penser d’un Nietzsche qui marche plus de quatre heures par jours et qui affirme que « toute philosophie qui n’a pas été conçue, réfléchie en marchant est douteuse » ? Il y a évidemment la même opposition que celle qui existe entre les pensées présentes dans leurs écrits. On peut donc émettre l’hypothèse que la pratique de la marche d’un philosophe est extrêmement importante pour comprendre sa pensée.
Ainsi, sous la même dénomination d’ « hédoniste », un Aristippe de Cyrène et un Epicure s’opposent en tout point dans la pratique de la marche, du mouvement, ce qui mènera à la distinction entre le plaisir cinétique, le plaisir dans le mouvement, et le plaisir catastématique, le plaisir par l’absence de trouble, la fameuse ataraxie. Aristippe pratique la philosophie aussi bien sur la place publique que dans un bordel, en dansant sur les tables, en voyageant autour de
Mais encore, un Kant et un Thoreau, qui sont parfois réunis sous la même dénomination de « transcendentalistes », s’opposent fondamentalement sur leur pratique de la marche. Le philosophe de Konigsberg fait tous les jours de sa vie la même promenade, se meut dans un univers constant. Kant est un marcheur, mais l’inconnu lui fait peur. On comprend dès lors mieux sa réticence à tirer toutes les conclusions de sa philosophie, « à dynamiter la métaphysique occidentale », Dieu et la « chose en soi ». Thoreau quant à lui pratique la marche comme on pratique la vie, il ne fait que marcher hors des sentiers battus, tracer de nouvelles voies dans sa forêt adulée. Il marche parfois dans le noir total de la nuit, effrayé mais ravi, car il apprend à se déplacer sans avoir recours aux moyens traditionnels de repérage. Ce qui importe ce n’est pas de trouver son chemin mais plutôt de le perdre, et s’abandonner au nouveau, à l’inconnu, à l’incommensurable diversité de la nature.
La marche bien sûr c’est le symbole de la vie. On avance toujours, que ce soit dans les sentiers bien connus, ou dans les sentiers nouveaux. On marche comme on vit et on pense comme on vit. Les diverses pratiques de la marche sont autant d’occasions de détecter la diversité des modes de vie, des approches du monde et du mouvement. Bien sûr, par souci pédagogique, on peut cristalliser des pratiques sous des ensembles comme le statisme et le dynamisme, mais derrières de telles appellations se cache l’extrême diversité, la subjectivité de chaque pratique de la marche, et l’unicité de la rivière dans laquelle on marche. Il n’y a plus de mots, plus de logique, plus de langage, plus d’identité quand on marche. Un arbre devient cet arbre, de l’eau devient cette eau. La vie devient cette vie, la mienne, que je ressens et dans laquelle je marche constamment vers l’inconnu.
On l’aura compris la politique est une affaire de médium. Il y a un système médiatique qui rend possible la politique. Pourquoi me demanderez vous ? Par ce que l’objet de la politique c’est la communication, et la communication se fait par un intermédiaire, c’est à dire littéralement, un « médium entre ». On ne peut penser de politique sans communication, parce que le politique c’est justement le vivre ensemble, et que pour vivre ensemble il faut indispensablement quelque chose de commun, un même langage, des mêmes valeurs, des mêmes pratiques (une même culture). Cela n’empêche pas d’avoir des différences, au contraire. Mais il faut faire bien attention à ce que le politique, donc le commun n’excède pas une certaine mesure, ne devienne pas la totalité de ce qu’on est. Or c’est ce qui se passe dans un monde politique où l’audio visuel est le médium principal. Mais avant d’en arriver à de telles conclusions, retraçons rapidement une histoire des médias et de leurs caractéristiques politiques, de la façon dont les moyens de communications expriment, fabriquent et façonnent la communauté.
L’oralité est un médium égalitaire, en cela que tout le monde possède (ou presque), et que tout le monde peut comprendre, puisque notre éducation est grandement basée sur le langage. Dans une société orale, il n’y a donc pas ou prou de monopole, ou d’oligopole de pouvoir. Parce que le mot, l’objet de la communication est à la portée de tous. Bien sûr, les inégalités face à l’éducation et donc face au mot sévit toujours mais nos chers sophistes sont là pour remédier à ce petit désagrément…
L’écrit, en revanche est un medium élitaire, puisque seule une frange de la population a accès à l’émission et à la réception. La seule communication écrite égalitaire est entre élites. Bien sûr, Il y a superposition de l’oral et de l’écrit. Ainsi apparaît la figure du prêtre : le seul qui a accès à la vérité, l’écrit, ou mieux, les Ecritures, et qui fait une retransmission orale de ces écrits. L’échange n’est plus de mise, puisque il est le seul à disposer de la possibilité et de la légitimité de l’écrit, et que la vérité, la réalité n’est accessible que par lui.
Avec l’audio visuel, et principalement avec la télévision, on entre dans une ère totalitaire. Pourquoi totalitaire ? Premièrement, il y peu d’émetteurs, mais la (quasi) totalité de la société y a accès. C’est un médium de masse, élément très important à tous les totalitarismes. Deuxièmement, la télévision a vocation à s’inclure dans tous les moments, à tous les endroits, et surtout sur tous les sujets. C’est un médium qui ne s’arrête jamais, et auquel on a accès très facilement. De plus le contenu est fixe, malgré une apparente diversification en chaînes, il y a partout le même format, le son et l’image associés, et le même message : l’actualité, le journalier, le journal. Les présentateurs télés sont tous des « journalistes », et dans ma bouche, de ma plume, ou sur mon clavier, ce n’est en aucun cas un compliment.
Bien sûr, chacun de nous est subjectif et donc interprète le message différemment, parfois radicalement, mais seulement dans sa réceptivité, dans sa passivité. Il y a un glissement sémantique et réel de la subjectivité à la sujétion. Il n’a y aucune interaction avec la télévision. La passivité c’est toute la différence entre le conditionnement et l’éducation. Et le conditionnement justement nous mène à une convergence des subjectivités, d’une subjectivité objectivée, donc dépourvue de son caractère d’unicité, et non d’une intersubjectivité, puisqu’il n’y a pas d’échange, il n’y a pas de « entre ». Il y a un émetteur, il y a des récepteurs, mais il n’y a pas d’échanges entre eux. La seule émission possible que le récepteur émet en direction des émetteurs, c’est l’audimat. Quel message ! Quelle profondeur ! « La loi de l’audimat », c’est la fin de toute subjectivité à la télévision et ailleurs. Ce conditionnement nous mène à l’uniforme, à la même forme pour tous.
La télévision est en cela un médium totalitaire, et mène à des régimes qui sont totalitaires eux-mêmes, dans une certaine mesure seulement puisqu’il y a superposition des médias, oralité, écrit, télévision. Le système politique et médiatique audio visuel actuel tend à uniformiser par un conditionnement moral le goût, la vision du monde (par exemple la vison de l’espace politique autour de l’axe gauche droite), bref de tout ce qui tend à faire diverger les hommes. Pire,
De plus elle favorise l’émergence d’un petit groupe d’émetteurs, de dirigeants, de représentants. Comment être représenté ? C’est assez simple, il vous faut accepter de vous compromettre, de communiquer, votre présence, votre volonté, dans la signification la plus profonde du terme. En un mot de vous rendre commun. Cela semble d’ailleurs inutile, parce que mon prétendu représentant a sa subjectivité propre, et qu’elle annihile donc les possibilités d’une représentation réelle de ma volonté. Cela mène donc à un groupe de plus en plus restreint au pouvoir, à l’émission de puissance et de valeurs. Au niveau politique et au niveau économique on peut d’ailleurs constater un amassement, c'est-à-dire la désertion du capital, tant financier que symbolique et culturel, des mains des masses. Amasser le pouvoir (et argent), c’est l’enlever aux masses, l’objet même de ce pouvoir. Cela suppose encore et toujours la massification de la société, principe roi de tout totalitarisme. Au sein de la masse, qui pourra détecter les subjectivités ? « Les français ont voté en masse ». Voilà bien un signe d’appauvrissement du peuple, si tant est qu’une telle chose existe, bien évidemment. Quand j’entends untel dire que 11 millions de français ont exprimé leur volonté en sa faveur, lui ont donné la légitimité de parler, je crois rêver ! Le vote, c’est le même principe que l’audimat. Exprime-t-on quelque chose par l’audimat ? C’est une donnée extrêmement floue. Mettons que 11 millions de français regardent le 20 heures de TF1. Est-ce que cela veut dire que le journal de TF1 est bien, riche, agréable, qu’il permet la culture le dialogue, la réflexion, la connaissance ? Le nombre ne fait pas la qualité, bien au contraire, il ne fait que la médiocrité. Plus il y a d’audimat, moins la télévision a quelque chose à dire. Il suffit de regarder l’appauvrissement du contenu de la presse écrite nationale. Et oui, quand on a 10 millions de lecteurs, on ne peut pas tout dire, sous peine de perdre son lectorat. Même chose avec la politique bien sûr. (Je ne pleurerai pas sur le déperissement de la presse écrite... comme le font les journalistes en tout cas, et donc je déplore le regain de (MAUVAIS?) goût pour la politique)
Exprime-t-on quelque chose par le vote ? Oui ! On exprime la réduction de la volonté du multiple, et donc de multiples volontés, en celle d’un seule homme, et cela s’appelle, lorsque cette volonté devient légitimité, le totalitarisme.
| Février 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | ||||||
| 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | ||||
| 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | ||||
| 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | ||||
| 27 | 28 | 29 | ||||||||
|
||||||||||
Commentaires