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Mardi 23 mai 2006

Qu'est ce que la philosophie?

Ou

L'allégorie du Solex

 

 

La philosophie comme technique, non plus seulement sur le mode de l’être, mais plutôt du faire, nze diffère pas tellement de la mécanique d’un solex.

Premièrement, sur un solex, on constate toujours la panne avant de se poser la question « pourquoi il marche bien ? ». Un solex a toujours un problème (selon mon expérience relativement riche en la matière). De même la philosophie prend son départ quand il y a un problème, une maladie conceptuelle et réelle, qu’il faut curer. Je rejoins Epicure et Nietzsche pour une philosophie de la santé. Quand le solex, le corps, ou l’environnement sont respectivement en panne, malade, ou menacé, il y a alors besoin d’une cure : réparation par la mécanique, soins par la médecine, cure par la philosophie.

Deuxièmement, pour réparer un solex il faut de bons outils (ah ! cette sacré clé de 9 mm…). Pour commencer, il faut ranger et faire l’inventaire de ses outils, au besoin en créer. La philosophie fait de même avec les concepts. Les concepts sont des outils. Ainsi, on va aller emprunter à un autre philosophe un concept comme on emprunte un tournevis, un extracteur, ou un marteau à un ami. On va le modifier, l’adapter. Les bons outils sont d’ailleurs ceux qui s’adaptent le plus facilement à chaque situation.

            Ensuite, armé de nos « outils-concepts », on s’attaque à la panne. Or, pour s’attaquer à la panne, il faut se confronter à la bête : le solex, et la menace d’avoir, au premier contact, les mains déjà noires de graisse et autres résidus visqueux de carburants brûlés ; ou, pour la philosophie, le réel. Le raisonnement à vide ne menant dans les deux cas qu’à une perte de temps, plaisante certes, mais inutile. Non, des données sensibles sont nécessaires. Pour le solex, on le touche, on le manipule, on le regarde, on le scrute minutieusement, on hume aussi son odeur, parfois on goûte et surtout, on écoute attentivement (l’oreille est très importante pour le solex). De même, pour le philosophe, il faut vivre. Sentir, goûter, voir, entendre, toucher. C’est ainsi que se fait l’accumulation de données. Ce n’est pas autrement que je conçois l’approche du réel.

            Enfin, on commence à démonter. En mécanique comme en philosophie, il est parfois très difficile de démonter, bien plus ardu que de monter ou de remonter. Il faut d’abord enlever les carénages, les carapaces, regarder derrières les cachettes. On enlève donc les caches et on découvre un système complexe, plus ou moins abordable. On utilise alors nos outils-concepts pour démonter un pan du moteur, un tuyau qui gène et que l’on met de côté, on remonte peu à peu à la source, à l’origine de la panne. On prend un peu de recul et puis on s’y remet. De même en philosophie, on enlève conceptuellement les caches, l’apparente neutralité des institutions, du langage jusqu’à l’Etat, et on aperçoit alors un système complexe de valeurs. Difficile de voir le problème pour l’instant, alors qu'on a encore qu’une idée floue de l’ensemble. Alors on démonte pièce par pièce, nos outils virevoltants de toute part, démontant, coinçant, bloquant, arrachant parfois des monceaux de matière, ou de valeurs. Parfois une pièce résiste. Alors on flanque un grand coup de marteau, précis mais puissant, et le tour est joué, la pièce tombe d’elle-même. On cherche ce qui est sain, mais tout semble contaminé par la source. On tente alors une autre approche. Parfois on fait un essai dans le réel, qui se révèle souvent désastreux, voire qui aggrave encore le problème.

            Enfin, nous repérons la panne, le problème ! Certes, mais il nous reste encore à réparer, changer la pièce. Le rafistolage peut fonctionner mais on sait toujours que cela est temporaire et précaire. Non, il faut changer la pièce, la concevoir si elle manque, la tester, la modifier, l’adapter (en effet, ces pièces sont rarement standards, ce qui fait que chaque solex est un peu unique et subjectif, vraiment !). Bref, la pièce est trouvée, le tour est joué.

Mais il faut remonter tout ce que l’on a enlevé. Une autre tâche nous attend. Car toutes les pièces qui étaient connectées de près ou de loin à la pièce défectueuse, sont désormais totalement obsolètes. Bref, il faut tout changer. Là, on pousse un grand « Merde ! » retentissant et on envoie valser d’un coup de pied dédaigneux cette ferraille inutile, ou, sur un mode nostalgique, on l’expose comme vestige du passé. Et on reconstruit, on retente, on réessaie. On arrive enfin à un ensemble cohérent et qui fonctionne bien. Le temps d’un doux instant de bonheur.

Jusqu’à la prochaine panne. Très prochaine. Cependant, on se rend compte au bout d’un moment, non sans un brin d’ironie, que l’activité de réparer est en fin de compte assez plaisante, que la fatalité de la panne n’est pas si désagréable, et c’est avec un cœur enhardi que l’on se remet à la tâche quand cela est nécessaire.

Par Raf - Publié dans : subjectivité
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Lundi 22 mai 2006

Nous voilà à notre deuxième évidence, une autre mort, la mort de l’Homme. Michel Foucault, travaillant sur une archéologie du savoir, montre que l’homme, comme concept, comme mot et donc comme réalité n’est que partie d’un episteme, d’une strate de savoir récente. Ici, il n’est pas question du fonctionnement du savoir sous forme de strates successives et superposées, mais plutôt de constater la nature relative et située dans le temps et dans l’espace du savoir (pour l’homme, on partira de la Grèce Antique jusqu’à nos jours). Si le concept d’homme est civilisationnel, relatif à d’autres concepts présents dans une strate de savoir, relatif à une certaine culture (organisation imaginée de la matière), il n’a rien d’absolu, rien d’universel, et par conséquent l’Homme est sujet à une possible mort culturelle. Qu’est ce qu’une mort culturelle ? Si l’on considère la Culture comme une organisation imaginée de la matière, une mort culturelle c’est la fin (soit par essoufflement de la notion, soit par un remplacement) de la prise en compte, de l’influence d’un concept, d’une idée, (dirai-je d’une réalité ?) dans le regard culturel, organisationnel sur la matière. Foucault montre par un relativisme de combat que l’Homme, donc, est sujet à une mort culturelle, il démontre une disparition possible de ce concept dans le panorama de la réalité (ici je considère la réalité comme un concept culturel, idée que je développerai plus tard). Mais avant toute considération possible, il fait définir ce que l’on entend par Homme.

L’Homme est ici considéré comme une catégorie, un concept, une Idée platonicienne (le monde des Idées de Platon n’étant en fait qu’une absolutisation de catégories culturelles). Ici, il est important de comprendre un point de la théorie platonicienne des Idées. Rappelons rapidement que Platon considère qu’il y a deux mondes, le monde matériel et le monde des Idées. Le monde matériel est grandement déprécié par Platon au profit d’un monde des Idées. Les Idées sont des réalités transcendantes qui font qu’un agencement d’atomes particulier appartient à une catégorie. Ainsi l’Idée de la chaise fait que tel agencement d’atomes appartient à l’Idée, à la catégorie chaise. Ce qui est important ce de comprendre que l’Idée n’est pas formée par ce qu’il y a de commun à toute les chaises, mais qu’elle préexiste et procède l’instance « chaise ». L’Homme comme Idée platonicienne n’est pas ce qu’il y a de commun à toutes les instances matérielles de cette Idée d’Homme, à tous les hommes mais plutôt ce qui définit un homme en tant que tel. Il y a donc chez Platon une primauté de l’Homme sur l’homme, de l’Idée sur l’instance matérielle. En affirmant l’existence de la catégorie, de l’Idée « Homme », on assume bien sûr une pertinence de cette catégorie « Homme », mais aussi une pertinence et une primauté de l’Idée tout court.

Selon Platon, l’Homme peut accéder au monde des Idées. En effet, l’homme conçu comme individu rationnel (ou chez Platon, le philosophe) est capable d’attraper les idées, de les comprendre, et de les formuler, tout cela par le Logos. On comprend mieux dès lors de quel Homme parle Platon, modèle de l’humanisme : l’homo-logos que l’on retrouve dans toute les idéologies (le citoyen pour le républicanisme, homo-economicus pour le libéralisme, l’aryen pour le nazisme…). Le logos est ainsi, pour cette perspective humaniste, ce qui rend tous les hommes des homologues, créant ainsi une communauté basée sur la Raison , et une vision unidimensionnelle de l’Homme : l’Homme Idéel.

On a évoqué dans la première évidence la théologie, le logos magique, la façon dont la réalité est expliquée par un verbe chargé de Dieu, père - superstructure unique du monde (je parle ici des monothéismes). Avec la mort de Dieu et la (Re)naissance de l’Homme, on passe de l’ère théologique à l’air idéologique. L’idéologie n’est pas de nature différente de la théologie. L’idéologie est la façon dont la réalité est expliquée par un verbe chargé d’Idée, superstructure plurielle du monde. L’Idée diffère de Dieu par son caractère pluriel. Il n’y a pas une Idée, mais plusieurs Idées, plusieurs catégories idéelles. Ainsi, pour chaque chose qui existe, il correspond une idée, alors que le monde magique et/ou théologique ne constitue qu’Un : Dieu, ou la Nature. Mais en affirmant la transcendance, ou dans une version plus « soft », l’universalisme de la catégorie idéelle « Homme », elle crée une norme : Si l’Idée Homme existe et qu’elle est transcendante ou universelle, elle définit donc des hommes, ceux qui correspondent ou semblent correspondre plus ou moins à cette Idée, et des non-hommes. Ainsi, paradoxalement peut-être, l’humanisme, sous ses différentes interprétations, a mené à la séparation souvent arbitraire entre des Hommes et des non-hommes, ou dans un langage Grec : Barbares. La Traite des Noirs, l’extinction des civilisations d’Amérique du Sud, la Terreur révolutionnaire, le massacre des Juifs et des Tziganes (on se rappellera le thème de sous-homme dans le langage nazi), Le goulag soviétique, l’emprisonnement (asile ou prison), la torture ne sont rendue possibles que par un logos idéologique, basé sur une superstructure humaniste.

L’humanisme, idéologie de l’Homme, affirme donc deux choses : l’Homme comme catégorie idéelle, mais aussi, l’Idée d’Homme comme norme transcendante et/ou universelle. Comprendre ce qu’est une idéologie et en quoi l’ « Homme idéel » est la superstructure qui permet une civilisation idéologique est très important. En effet, toute idéologie est un humanisme. Chaque idéologie propose une Idée d’Homme. L’aryen pour le nazisme. Le prolétaire pour le communisme. Le philosophe pour le platonisme. Le croyant pour la religion. L’homme rationnel étant un thème fortement récurrent. Chaque idéologie propose son Idée d’un homme unidimensionnel. Ainsi, le libéralisme est en tant qu’idéologie une proposition de cet homme unidimensionnel : l’individu comme être rationnel, l’homo-œconomicus). Cette idéologie, qui est aujourd’hui dominante à un point qu’on fait miroiter une possible mort des idéologies, fait primer la rationalité (qui est un phénomène social et politique) non pas au sein de la société, faisant ainsi primer un groupe supposé rationnel sur un individu supposé irrationnel, mais au sein de l’individu même. De cette façon, le libéralisme opère avec les mêmes logiques que la religion : par l’intériorisation, la naturalisation de normes. Et de fait, cela est plus rentable. Moins de répression extérieure, la répression se faisant à l’intérieur sous la forme de la culpabilité, du développement d’un sentiment d’impuissance à agir seul, d’une auto dépréciation de tout ce qui n’est pas l’aspect rationnel du moi. L’individu est un homme pressé, la pression la plus forte n’étant pas celle qui s’exerce à l’extérieure mais à l’intérieur, en l’homme. Ainsi le libéralisme n’est pas une idéologie extérieure, imposée, mais intérieure, acceptée. Dans cette logique de la religion intérieure, le groupe ne s’inscrit plus sur le corps de l’homme, par des rites de passage, des actions collectives, des répressions physiques (torture, travail, discipline, enfermement, voir Michel Foucault, Surveiller et Punir) mais bien plus subtilement en l’homme, par l’intériorisation et le contrôle. Ce contrôle s’exerce par l’imposition d’éléments dans notre environnement, dans notre espace d’affection mutuelle. La télévision, l’école, le langage (les mots jouant un rôle extrêmement important), la politesse, les codes de conduites... Ces signes sont imposés sous peine de violence physique ou symbolique (pression sociale, pression affective, isolement social, isolement affectif).

 

Mais, fort heureusement dirai-je, l’Homme est mortel. Car le paradigme de l’Idée est remis ne cause. On lui oppose une idée incarnée, non plus transcendante et universelle mais au contraire relative à une époque, un moment historique, un endroit situé. L’idée qui cesse d’être incarnée meurt.. Quand Nietzsche parle de l’  « humain, trop humain », puis du surhomme, travail ensuite poursuivi par Michel Foucault avec Surveiller et Punir, il montre que l’Idée d’Homme n’est qu’un paradigme, une idée issue d’une strate de savoir susceptible d’être enterré. La métaphore de la strate qui peu à peu s’enterre, comme on enterre dans beaucoup de culture, un corps mort, qui n’incarne plus. L’Homme est mort. Son corps idéel disparaît car, avec le temps il cesse d’être incarné par un corps matériel. L’idée de l’Homme disparaît avec la mort, naturelle, des derniers humanistes et la modification structurelle de l'environement. Comme un dieu meurt avec son dernier croyant. Il n’est pas question d’éliminer les humanistes (le temps s’en chargera). Mais de constater une possible mort, de relativiser, désuniversaliser, désenchanter la réalité. Enlever son statut transcendant à l’idée, comme son statut universel. La relativité appliquée à la métaphysique magique et idéologique.

Par Raf - Publié dans : sur Nietzsche, et autres?
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Vendredi 12 mai 2006

La mort de dieu

Première évidence, déclamée par un philosophe qui m’est cher, Friedrich Nietzsche. Nietzsche annonce : « Dieu est mort !». Que veut t-il dire ? Cherche-t-il un effet d’annonce, sous le mode d’un discours performatif, d’une parole qui agit ? Nietzsche tue-t-il Dieu ? Non. Nietzsche n’est pas un acteur. Il est posthume. Il est visionnaire. C’est le philosophe des cimes, des hauteurs. Il voit loin. La mort de Dieu, il l’annonce pour bientôt. Mais est-ce pure spéculation ? Parole en l’air d’un philosophe fou et seul ? Non. Nietzsche n’est pas fou, il est gai, il rit, il est dionysiaque. Et la science est pour lui fondamentale (il est philologue –approche scientifique des textes- de formation). Non, il a vu et interprété les signes.

            Les signes, ainsi que les causes de la mort de Dieu sont multiples mais s’expriment par la captation par la science de la capacité à expliquer l’aspect objectif de la réalité, à expliquer comment l’univers fonctionne. On explique la présence des objets, leurs dimensions objectives, poids, forme, composition, nature, mouvement, accélération… Puis on approche également avec les sciences de la vie, des plantes, des animaux, des hommes, ce qui touche le plus Dieu : la vie. Les sciences de la vie enlève la vie, son explication comme son incarnation à Dieu. Le développement de la science, naturelle et de la vie, est le premier signe du divin décès. Spinoza avait conçu Dieu comme l’entité subjective de l’univers, de la nature. Dieu ou la nature. Dieu comme le -Je- de la nature. Or, les sciences dépossèdent Dieu de la nature, de l’univers. Elle tue son corps. La science est donc de l’athéologie pure, athéologie signifiant discours sans Dieu.

Dieu est mort. Le personnage conceptuel (concept que j’emprunte à Gilles Deleuze…) commun à toute les philosophies théistes, celui qui représente la transcendance, décède, et avec lui la plus grande source de transcendance.

Nietzsche, donc a vu ces signes. Il constate le déclin de la pensée magique, dont les derniers signes sont l’idéalisme et la transcendance de sa génération. Plus besoin de recourir à l’existence d’arrières mondes, à des explications magiques, à un Dieu omniprésent (présent partout et toujours). La transcendance est l’omniprésence, la présence intégrale, et l’anti-présence, ce qui n’existe pas dans notre réalité immanente, mais qui pourrait exister, dans un arrière monde ou dans celui-ci, futur ou passé. Quelque chose de transcendantal s’applique donc partout, toujours, pour ce qui existe et peut exister, pour l’univers et pour d’éventuels mondes magiques qui, parait-il, l’engloberaient.

 En psychosociologie, la mort de Dieu est représentée par la mort symbolique du Père. (à développer)

             

La mort de Dieu comme personnage conceptuel, comme forme magique d’un mode de pensée, comme entité subjective de l’univers, comme Saint Père, sous les coups de marteaux scientifiques, rationnels, mais aussi philosophiques est donc symbolique mais avérée. Cependant, Dieu, ou la magie, reste par la représentation que l’on s’en fait. Un sujet sans objet. Un père sans enfants. Un concept pur, non réel. La croyance, les rites et l’incarnation sociale de Dieu se fait désormais sous le mode d’un deuil, du douloureux souvenir d’un être décédé. La croyance en son corps éventuel est remplacée par l’approche scientifique, le logos, celle qui donne confiance à l’humanité, qui mettra au monde un nouveau dieu, l’Homme par l’idéologie humaniste, universaliste, et scientiste (voir la deuxième évidence : la mort de l’Homme).

Il est évident que Dieu n’est pas mort pour tout le monde. Il y a premièrement la mémoire par les institutions (Eglise, Etat, école mais aussi langage, politesse, famille… les institutions sont des activités humaines qui comportent et mémorisent en elles des valeurs, des modes d’actions…) et par elles la survivance de valeurs théistes, des modes de pensée et d’action théistes. Deuxièmement, on assiste à un fort retour de la religion théiste, de la superstition, qui vient se nicher dans les endroits que le nihilisme du XXe siècle a rendus vacants.

Enfin, et cela est peut être d’une plus grande importance, on assiste au développement généralisée d’une attitude du croyant agenouillé, de l’assujettissement (ou mise en servitude volontaire) à un autre corps que le sien propre : ainsi, les nouvelles religions sont celles des idéologies, idéologie où priment toujours et partout le corps social sur le corps individuel (nazisme, fascisme, communisme, socialisme…), ou, de façon plus subtile avec le libéralisme, la primauté de l’individu (facette sociale et politique de la personne) sur la personne. Le libéralisme assujettit notre corps personnel à un corps idéal uniformisant, le corps individuel (idéalement rationnel), celui prôné par l’idéologie libérale et véhiculé par son media de prédilection, la télévision publicitaire (voir développement de cette idée dans : deuxième évidence : la mort de l’Homme).

 

Quel deuil philosophique adopter après le décès ? Un dolorisme hystérique généralisé ? Le repli dans le souvenir ? La dénégation ? La lutte symbolique pour une résurrection déiste et/ou paternaliste, toujours et partout assujettissante? Surtout pas ! La Gaya Scienza , la science gaie est le remède, celle du corps personnel, un logos et un sophos athés, une approche objective et universelle pour ce qui peut l'être, associée à une approche subjective et immanente de ce qui doit l'être. Sur le plan de la définition d'un nouveau sujet, j'appelle de mes voeux l’assujettissement libre et limité à l’intégralité de notre corps personnel, un corps encore à définir, à devenir sujet de son propre corps.

 

Par Raf - Publié dans : sur Nietzsche, et autres?
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Lundi 8 mai 2006
What are media?

From Plato and the analysis of the influence of writing to Marshall McLuhan with the systemization of an analysis of media, philosophers have always had a great interest in media (even if the use of the word media is itself very recent), and their relationship to culture. Two main positions about a definition of media have been developed. Here, we will quickly present these two philosophical positions about a definition of media, illustrate with examples and try to explain their consequences on media studies.

 

The first important position upon media is a communication-centered approach. Indeed, for many philosophers, we speak about media as tools allowing communication. In this respect, media would be a “mean of communication” (Briggs and Burke, p.1). Communication, as an etymological analysis seems to imply, is what makes something common in a specific context. Thus, four characteristics seem worthy to focus on in this conception of media as a tool of communication.

First, this focus on communication in media studies implies an interest for the content. It is to be identified with the “what” of mediation. (Briggs and Burke, p.4). In this view, what is important here is the message: whether media carry information, entertainment, fiction, philosophy, or laws is important in media studies. For instance, the fact that the first printed book was the Bible is fundamental for the supporters of this conception of media. Or, as Briggs and Burke show (p.3), the persistence of the theme of a flying superman, whether it is found in nowadays comics, or in Jacopo Tintoretto’s St Mark rescuing a slave shows that the message has a great importance for the media.

Second, in this communication-centered approach of the media, the protagonists of such a communication that is the sender and the audience are also important. It corresponds to the “who” and the “whom” of mediation. For example, we know that in Plato writings, there were a difference between esoteric texts, that is texts which were designed for the little circle of initiated disciples of the Academia, and exoteric texts, that were texts designed for a larger audience. We might infer that this difference was present in Plato intentions, in his manner of writing, the words he used, as well as in the comprehension of his readers. Thus, the fact that a media is designed by a specific sender for a specific audience has certainly a great importance in media.

The third characteristic of media in a communication-centered approach is technology that is the proper mean that carries the content from the sender to the audience. It is to be identified with the “how” of mediation. For instance, the “communication revolution” of the past 30 years, constituted by innovations in television, telephone and networked-computer technologies, has had great influence on our ways of communicating such as “the death of the distance” that is the irrelevance of the distance between the sender and the audience (Bucy, p.3-7).

The fourth and last characteristic of media in a communication-centered approach is the context in which communication is performed. It correspond to the “Where” and “When” of mediation. Indeed, it implies that depending on the context, whether it is historical, cultural, economical or political context, media are not used in the same way, or for the same aims. For instance, during the Second World War, radio has been used for propaganda in , whereas in it has been used for resistance and coded communication between and .

To sum up, the communication-centered approach of the media focus on the content, the protagonists, the technology and the context. Therefore, this conception of media leads to consider every mean of communication as a media: bodily gestures, speech, painting, writing, printing, telegraph, telephone, television, the internet… Moreover, it emphasizes the influence of culture on media.

But some authors, starting with Marshall McLuhan, consider that on the contrary the influence of media on culture has a greater importance, and that media are not just mean of communication but rather culture determinations. Three basic features of this conception of media can be summarized in three catch sentences: “the medium as an extension of the man” (McLuhan, p.4), “the medium is the message” (McLuhan, p.7), and “the medium is the metaphor” (Postman, p.3).

Firstly, according to Marshall McLuhan, a medium is an extension of the man. Indeed, from the use of stone as more effective hands to the use of phone as more effective ears, men have always used things to increase their power, their control, their grasping of the world. Therefore, McLuhan considers everything that extends our “mechanical body” (tools, clothes, bike, car…), our sense perceptions (eyes-glasses, telephone, television), and our “electrical body” that is consciousness (information technologies: speech, writing, the internet, television, radio…) as media. This conception of media is really striking. Indeed, who could have thought of a stone as a medium?

Secondly, according to McLuhan, the “medium is the message”. In fact, McLuhan considers that if a medium is an extension of ourselves, thus it shapes our conception of ourselves and our conception of the world (McLuhan, p.7). In one word, a medium shapes our culture. Moreover, there is a difference between medium without content (such as electric light, McLuhan, p.8-9), and medium with content (such as writing). For the latter we ought to differentiate the medium and the content, the content being itself another medium and thus another message. For instance, McLuhan considers electric light as a medium (McLuhan, p.8-9). As an extension of our vision during night, the electric light allows us to do some activities that would not be possible otherwise, for instance working in a factory during the night. These activities are themselves the content of electric light as a medium, not its message. But in allowing activities, the electric light is a message that shapes our culture: our conception of time (especially the difference between day and night), our conception of ourselves (allowing us to do some activities during the night)…

At last, Neil Postman has developed a conception of medium as a metaphor (Postman, p.3), in the case of medium with content. Indeed, he shows that there is a close connection between the content and the form in which this content is mediated: “You cannot use smoke to do philosophy” (p.7). But, I would add, you can do a philosophy of smoke, not using smoke but a metaphorical representation of smoke. As a matter of fact, media have a metaphorical functioning: they give a representation of information, not the information itself. Thus, in Postman mind, media shape the users idea of their content. For example, he considers clock as a medium-metaphor: it carries information: time, but also, in giving a representation of time in seconds, minutes and hours, it shapes the user’s conception of time as “moment to moment” (p.11).


 

Television is ruining a serious and coherent understanding of the world. (Comment on this statement with the help of the literature provided. Argue how this could be true or not and explain your own position in this)

In a bit more than 50 years, television has taken a greater and greater importance in our lives, in terms of time (how many hours do we spend behind our TV screen), in terms of communication (the place TV has in our communication with other people), and in terms of culture (the place TV has in our access to culture). It has gone so far that some people thinks that, as Neil Postman (p.78) puts in, “television has achieved the status of a meta-medium”, that is a media that not only partly defines our knowledge, but also determines our ways of knowing, our access to the world. Therefore TV culture may not only be on TV, but also in the approach of reality, and in other media, such as books. Acknowledging such an importance leads to consider as fundamental the questions about television culture, television’s characteristics as a media, about the media itself and its influence on human culture rather than a pure content-centred approach. We will first quickly present Neil Postman theoretical assumptions about television culture, and then in this respect we will discuss whether television ruins a serious and coherent understanding of the world, or not.

First, Neil Postman gives his conception of media that is medium as a metaphor. Indeed, he considers that a specific medium presents content in a certain way, not as such but in a metaphorical way (Postman, p.3). The clock for example presents time in the form of seconds, minutes and hours (Postman, p.7). Thus a medium shapes our own representation of reality. Even if we know that seconds, minutes and hours are conventions, it is hard to conceive time without these representations. So, understanding the metaphors used by television to represent reality may indicates us how it shapes our representation of reality. This conception of media leads Postman to consider “media as epistemology” (p.16), that is to say that different media carry different conceptions of truth. For example, truth in oral societies (often in the form of proverbs) is very different from truth in literate societies (in the form of deductive logic).

This theoretical introduction is indeed very useful to know whether television is ruining a serious and coherent understanding of the world or not. Seriousness and coherence are indeed associated with writing and a written-based epistemology, writing fitting more or less with the laws of deductive (and therefore coherent) logic Aristotle has written about. So here, we will try to see how, in which form television presents reality, especially on the grounds of coherence and seriousness.

According to Postman, television is incoherent by nature. Indeed, knowing in television-based epistemology is knowledge of things, not knowledge about things (Postman, p.70).  So, in a pure television culture you may know a lot of things, but you cannot understand their implications, causes, consequences, and the context in which they take place. Indeed, television presents decontextualized information, and therefore television culture does not allow one to link two events, to think about the causes and consequences. As Postman puts in, with a bit of irony, the only link between two events we have on TV is “Now…This” (Postman, p.99). Television shows a flux of information, that is an inconstant (rather than constant), moving (rather than fixed), flowing (rather than posed), superposed (rather than linear) information. To sum up, coherence is not part of television culture. At the opposite, the richness and plurality of logic links in literate culture, maybe due to the linear format of writing, allows one to draw some coherent links between two different pieces of information.

The other point Postman emphasizes is the lack of seriousness in television, but this point needs a closer attention. Indeed, Postman does not criticize entertainment as such, but rather deplores the fact that everything that is presented on television is naturally presented in the form of entertainment (Postman, p.87). The fact that entertainment is the only way of showing things on television may be due to the audience expectations, the TV directors will or other causes. But the cause are not as important as the fact that it is the case, that even for serious topic such as a nuclear holocaust, the television does not allow reflection but emphasizes entertaining rather than seriousness through its format (Postman, pp 88-91).

We can hardly discuss Postman points about the incoherent and entertaining nature of television format, or his points about how a medium shapes our understanding of the world. Indeed, it seems rather indubitable. But we can argue whether it is better or worse than coherence and seriousness. According to Postman, television-based epistemology is definitely worse than writing-based epistemology (but being himself a book writer, we might doubt his objectivity in that matter…). I think that Postman misses a point. Indeed it does not mention that television is a mass-media and that writing has always been an elite-media, and will probably always be. A television-culture does not replace a literate culture because it does not reach the same audience. Those who are literate watch television with their literate culture and therefore have a very critical view upon it whereas those who have television culture read books with their television culture and are therefore very critical upon it. I do not think that the question whether it is good or bad is a constructive one, but to see that mass-media are based on incoherence and entertaining whereas elite-media are based on coherence and seriousness is, in my opinion far more instructive and constructive. I understand those who say that reading Kant is “boring” and “too complicated”, even if Kant is one of the most coherent and serious writers of all times. And I also understand those who say that television is incoherent and too much entertaining regarding serious topics even if a very well presented information. Neil Postman book format is itself based on this striking idea: it is a book, so rather designated (unintentionally) to a certain elite, but at the same time it is entertaining, and sometimes incoherent (the links between examples and arguments are sometimes very hard to get…). Doing that, Neil Postman undermines the idea of a medium-determinism he tries to argue for in his book. Thus, he perhaps (secretly?) argues for a “literalization” of television culture. If he does not, I would.

Par Raf - Publié dans : philosophie universitaire
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Jeudi 27 avril 2006

Nous voilà enfin arrivé au grand Protagoras, ce génie sophiste, ce maître de sagesse. Il me plait de considérer que s’est engagé au siècle de Périclès, lorsque l’écrit commence à permettre la réflexion, cette lutte entre ceux qui considèrent le langage comme un média de plus en plus transcendantal, exclusivement porteur et inventeur de vérité, et ceux qui le considèrent comme un objet parmi tant d’autres, que nous pouvons utiliser à d’autres fins que la pure spéculation philosophique sur la réalité. Il me plaît aussi que Protagoras soit le sophiste ayant subi le plus de diffamation platonicienne.

Protagoras, donc, est un sophiste, un maître de sagesse. Il enseigne la rhétorique, l’art du discours. Cette démarche est elle-même philosophique : il a compris que le discours dans sa forme pure, est un objet, qu’il ne comporte que peu de valeurs subjectives telle la vérité, l’éthique ou encore l’esthétique. En cela, le discours chez Protagoras est une question de volonté de puissance. C’est un outil qui nous permet d’avoir une influence purement physique sur le monde. Le logos diffère donc du sophos, sagesse subjective chez Protagoras. Le sophos est lui complètement composé de valeurs : vérité, sentiment, plaisir, éthique, esthétique.

Dans le grand débat sur la vérité et la connaissance qui s’initie dans le monde grec au temps de Socrate, Platon et Aristote, Protagoras prend une place particulière. Il structure le débat. Platon se positionne par rapport au subjectivisme proposé par Protagoras, dans le dialogue du même nom. Protagoras propose en effet une version subjective de la vérité. Il part de la doctrine sophiste selon laquelle l’homme est la mesure de toute chose (et quelle doctrine ! Quel point de départ !). En effet, la vérité, la réalité, le sentiment, l’éthique et l’esthétique sont choses, inventions et conceptions humaines. Il n’y a pas de monde derrière celui qui se présente à l’Homme, ou plutôt aux hommes, pas de « Monde Vrai », de « Monde Réel », de « Monde Beau », de « Monde Bon ». De tels mondes supposent une idée fixe et stable (et transcendantale, Platonisme oblige) de l’homme, en un mot l’Homme. Protagoras ne voit pas d’Homme, mais seulement des hommes. Et ces hommes sont différents, ils ne participent en rien au concept d’Homme. Leur corps diffère, leurs perceptions, conceptions et idées diffèrent. Comment considérer une Vérité, une Réalité… dans ce cas là ? Protagoras n’en voit aucune. La vérité, la réalité, le sentiment s’ils existent sont subjectifs. Ils ne sont pas séparés de la nature unique et différenciée de l’homme. L’homme unique et différent a sa vérité unique et différente, son éthique unique et différent, son plaisir unique et différent… Chacun ses vérités, ses évidences, ses sentiments, et la philosophie sera bien gardée ! On a constaté la mort de l’art avec l’art officiel soviétique, le réalisme socialiste, quand l’esthétique est supposée objective. Il en est de même avec la vérité, et Protagoras le montre bien. La philosophie objective, objective dans sa conception ou dans sa réception, signifie la mort de la philosophie. Gardons nous bien de l’acceptation d’un sens, d’une vérité ou encore d’une éthique imposés. Car elle signifie pulsion de mort.

 

Par Raf - Publié dans : sophistes
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