Le commencement de l' homme, sa vie intra utérine, est fait de la sensation unique et corporelle. Il sent, il voit, il entends, il goûte il touche, par son corps mais sans faire aucune distinction. Il est son corps et uniquement son corps. Vient la grande sortie, peu à peu les sens se développent, et se diférencient. La sensation devient perception. Les plaisirs et déplaisirs commencent à être associés à des sensations particulières, puis des ensembles de perceptions. Il sépare aussi son corps. Premièrement ses organes sensoriaux, et génitaux, et viens bientôt l'utilité, c'est à dire le moyen d'arriver au plaisir, associée à un organe spécifique comme le pouce, le bras, les jambes, les pieds. Il marche, car c'est utile. Corrolairement au mouvement créé, la conception du temps change, on concevoit qu'il y a une succession d'instants. La mémoire court terme se développe, puis la mémoire long terme.
A ce moment précis, le logos fait son apparition. L'homme comprend que communiquer, c'est produire un objet utile, le verbe. Le verbe provient lui aussi de l'arithmétique subjective hédoniste : éviter les déplaisirs, chercher les plaisirs, et minimiser l'effort, c'est à dire chercher les plaisirs simples. Ce logos est une stabilisation dans l'espace. Un mot, associé à un son evanescent capture l'espace d'un instant la réalité mais cette stabilisation s'évanouit dans la seconde! La logique, le logos, de l'homme oral est stable dans l'espace mais non dans le temps. Le temps n'est encore que très peu linéaire, les regards prospectif et retrospectif sont peu développés. Le mot est situationnel, il se réfère à la réalité immanente. L'instant, l'immanence est l'important.
Enfin vient la logique de l'illustré et de l'écrit. Elle s'ajoute aux logos sensuel et oral. L'écrit est d'abord une stabilisation dans l'espace et dans le temps. Les paroles volent, les écrits restent. l'homme se dessine, il se décrit, il se rappelle, il identifie les causes, il se projette dans le passé mais aussi bientôt dans le futur. C'est l'invention de la vérité, car la quête de la vérité est toujours retrospective, une approche qui n'est possible qu'avec la trace de plus en plus stable qu'est l'écrit. Mais c'est une vérité pragmatique, elle ne concerne que ce qui la concerne, l'existant. Mais les shémas de pensée changent, il se stabilisent eux aussi. D'abord l'universalisation puis la transcendance. La vérité concerne maintenant non plus l'universel, ce qui existe mais aussi le transcendantal, ce qui pourrait exister, ce qui a existé, ce qui va exister et ce qui n'existe pas. L'écrit permet aussi la réflexion, le regard de soi sur soi. Le monde à travers mon miroir. L'écrit est aussi production matérielle, expression logique de la subjectivité. Ici c'est la volonté de puissance qui prédomine, la projection de mon intérieur vers mon extérieur. C'est l'invention de la réalité.
Enfin l'homme se fuit.
Il cherche une autre fin à son être autre que celle pure et simple qu'est la mort.

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