Mardi 17 avril 2007 2 17 /04 /Avr /2007 11:19

On l’aura suffisamment compris, la modernité politique est une affaire de lutte. Lutte des Dieux, lutte des cités, lutte des classes, lutte des cultures, lutte des nations, lutte des idéologies, lutte des Hommes surtout. La lutte est la fin de la politique et du politique, son ultime réalité, non son moyen. Toute entité politique, cité, Etat, civilisation, culture, le « nous » en fin de compte, se construit contre le « eux ». Les Cités Etats des grecs n’en sont que l’exemple les plus probant, avec la cité grecque, le nous, et les barbares, le « eux » qui ne parlent pas le grec. Mais il suffit de regarder comment les nations se sont construites. La seule communauté nationale est l’ennemi commun, le sentiment de persécution de la nation par ses ennemis, extérieurs, souvent les voisins, et intérieurs ; souvent les étrangers. Il suffit également de constater la psychose sécuritaire de nos temps, qui repose sur la figure du terroriste, personnage ô combien conceptuel, mais qui permet le regroupement politique. « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », « la politique est la continuation de la guerre par d’autres moyens », d’où, la guerre est un moyen politique, et la politique est un moyen de guerre, sans exclusion réciproque, bien au contraire. Tout ensemble politique donc est construit contre quelque chose, (ou plus souvent contre quelqu’un), et pour quelque chose, pour la lutte contre cette chose. Dire qu’il en a toujours été ainsi et qu’il en sera toujours ainsi ne permet pas d’avancer vers une autre civilisation. Cependant, il peut être utile et agréable de comprendre le caractère construit, la fin de toute objectivité des entités politiques.

 

L’Etat, forme politique aujourd’hui la plus répandue, repose aussi sur cette lutte perpétuelle. Etat, institution, statut, objet, tous noms que l’on donne au monstre froid, est le résultat de luttes internes et externes. En institutionnalisant des luttes internes, c'est-à-dire en les pacifiant, en les refroidissant, le monstre permet les luttes externes. L’Etat, comme organisation pacifiée de la lutte politique interne, par l’élection par exemple, ou le tirage au sort, permet la croyance en une communauté politique, et donc l’exclusion et la lutte moins pacifiée, plus violente contre les extra communautaires. Cet Etat moderne, pacification chimérique de la vie sociale est basé sur deux chimères : la représentation, et le gouvernement. Les deux constituent le socle de la politique moderne, et il est illusoire de penser que la nature d’une organisation politique se caractérise par le mode de désignation de ses dirigeants.

La représentation, c’est la croyance qu’un petit groupe d’individu peuvent être l’instrument de la volonté de tous, la volonté générale. Celle ci est une chimère, une pure idée sans aucun lien avec le réel, inconstructible, facilement manipulable, et donc totalement inopératoire. Peut-on encore croire qu’on peut faire une synthèse pour le pire, une addition pour le mieux des volontés individuelles ? Qu’un homme, ou une femme, ou qu’un groupe d’humain peut se vanter d’être le medium totalement neutre de la volonté un groupe bien plus large ? Chimères. Le vote n’exprime en rien la volonté d’un individu, ni le tirage au sort, ni le coup d’Etat. La politique ne peut se faire réellement que par et pour soi.

Le gouvernement ensuite. Quel mot affreux ! Rien que penser, que quelques hommes puissent penser que je suis leur gouverné, qu’il est, qu’ils sont mon/mes gouvernants, cela me fait froid dans le dos. Le gouvernement, c’est la violence institutionnalisée, et retournée par les gouvernants vers les gouvernés. Violence physique avec les pouvoirs de police, violence symbolique avec la création de l’objectivité politique. Et l’objectivité est le prétexte de la lutte pour le pouvoir : prétexte c'est-à-dire, la source et le produit du pouvoir.

            Le pouvoir non comme moyen mais comme fin de la politique, n’existe que pour et par un prétexte. Le  mot de prétexte semble parfaitement adapté ici. Il s’agit de fait de ce qui permet le texte, de ce qui le rend possible, sans quoi rien n’est faisable, ou alors dans une autre forme que le texte. En quelques mots : sans prétexte au pouvoir, plus de politique telle que nous la connaissons, plus de politique moderne. Quel est ce prétexte qui permet la politique, la lutte pour la communauté, et donc la communauté elle-même ? Cela est difficilement croyable lorsqu’on regarde l’actualité politique, mais d’un point de vue inactuel, toujours plus en hauteur, le prétexte à toute politique est d’ordre métaphysique. Il concerne le « statut » que l’on donne à la réalité. Toute lutte politique concerne la définition de la réalité en tant que telle. L’Etat définit l’état de la réalité à un moment et un endroit donné, en faisant croire accessoirement qu’il en a toujours et partout été ainsi, et accessoirement qu’il en sera toujours ainsi.

Tout prend son origine, ici encore, dans le statut d’objectivité. Tout ce qui est objectif est réel, depuis Platon surtout, mais encore avec l’idéalisme chrétien, le rationalisme, le matérialisme scientiste, l’universalisme, le positivisme, bref comme je l’ai déjà dit avec toute idéologie humaniste. Grande généalogie pour le système politique ! Le subjectif, lui est considéré comme virtuel, et relégué dans le domaine de l’art et du rêve fantasmatique. L’objectif est le prétexte qui donne naissance à la politique moderne comprise comme construction de la communauté. En effet, sans objectivité, pas de commun, pas de prise sur l’homme. Ai-je besoin de faire référence à Pierre Bourdieu et à ses catégories objectivées ? L’objectivation des catégories, en  premier lieu des catégories sociales, est l’essence même du politique. On parle de société, d’Etat, d’individu comme des objets donc réels, et même parfois matériels, mais qu’en est-il vraiment de leur réalité ? Elle est construite, mais possiblement déconstructible, et même déjà partiellement déconstruite par le long travail de désenchantement, nihilisme s’il en est, qui a parcouru tout le 20ème siècle. Ainsi, par exemple on nous parle de société. Qu’est ce réellement? Est un objet ? Il me semble bien que non. Cela me semble bien plus un concept, un outil d’interprétation du réel. Si on revient à l’allégorie du solex, la réalité étant cette mécanique parfaite, mais intouchable, incompréhensible sans outils, alors le concept fait partie de l’en dehors de la mécanique « réalité », sans pour autant ne pas exister. Ici ce situe la mort de la politique moderne, celle de lutte pour la définition de la réalité afin de construire la communauté. A ce propos, les média de communication, qualifiées hypocritement de quatrième pouvoir, sont en fait l’essence même du pouvoir politique, car c’est par eux que se produit la construction de la communauté, la communication, par la sélection, l’emphase, et la manipulation de ce qui constitue l’objectivité. Et en premier lieu le langage et la définition des mots.

Par Raf - Publié dans : espace politico médiatique
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Lundi 19 février 2007 1 19 /02 /Fév /2007 16:18

Combien de fois, au cours de déjeuners dominicaux et familiaux, de dîners d’affaire, ou même de simples discussions de café, le chômage revient sur la table, encore et encore ? Comment résoudre les problèmes du chômage ? Comment atteindre le plein emploi ? Doit-on payer les chômeurs, et peut-être les assister, ce qui pour certains permettrait une insertion, minimale ou pas, pour d’autres créerait une « mentalité d’assisté » responsable de tous les maux. Le chômage est de plus en plus un sujet de société, qui engage des affects divers, des prises de positions, des rancoeurs, des théories économiques, scientifiques, sociologiques, ou même psychologiques. Qui n’a pas son idée sur le chômage et les moyens de le résoudre ? Souvent on emprunte le point de vue de tel homme politique, pour qui il faut toujours réduire le chômage, libérer les chômeurs de leur pauvre condition, créer les conditions d’un emploi stable et prospère, source de croissance et de bien être personnel. Parfois, avec un cynisme vulgaire, on généralise, on crée une catégorie « chômeurs » (et donc une catégorie « non chômeurs ») qui serait l’ensemble des parasites économiques, des ratés improductifs, un boulet pour la société si dynamique des travailleurs, qui dans son infinie générosité fournirait à cette catégorie d’assistés les moyens de subsister dans leur médiocrité là où les travailleurs, espèce élue parmi les élus de l’ère industrielle moderne, sortiraient la tête de la misère.

Problèmes moraux à l’endroit du chômage

Il y a un sérieux, une gravité, peut-être même une tristesse à l’endroit du chômage. Je vois déjà la levée de bouclier se lever quant à l’avènement d’une ironie cynique (ici philosophique et non plus vulgaire) sur « comment chômer », sur une éthique du chômage. Pourquoi, me direz-vous ? cela est simple : le chômage n’est pas considéré comme activité, mais comme inactivité, comme absence d’activité, les chômeurs non comme actifs mais comme inactifs, passifs, souvent, dans les représentations répandues, avachis sur leurs canapés, devant la télévision, profitant impunément des aides que leur fournit la société des travailleurs . « Il y a du travail ! Pourquoi n’en recherches tu pas, chômeur ? ». Le chômage est partout ressenti comme un manque, une situation à éviter, un abîme dangereux dans lequel l’homme n’est plus Homme. Il s’agira donc ici d’affirmer le chômage non pas comme absence de travail, mais comme activité, à plein temps, à mi temps, ou ce que vous voudrez. Le chômeur, c’est d’abord quelqu’un qui ne travaille pas, et cela mérite, à mon sens, réflexion sinon approbation.

Sujet grave bien sûr, mais la gravité est-elle antinomique, opposée à la légèreté ? Le commun de toute ses discussions, points de vue, ou actions concernant le chômage, c’est qu’elles sont ambitieuses. Ambitions économiques, ambitions politiques, ambitions scientifiques, ambitions personnelles. Ambition toujours sérieuse : il y a un sérieux inhérent à tout ce qui touche au chômage, au chômeur, à l’emploi et au non emploi. Peu sont ceux qui osent plaisanter, rire, jouer, sourire à ce propos. Ceux là on les qualifie de « cyniques », de « moqueurs », de « choquants », selon la perspective qu’ils adoptent. A la lumière de ces discours, mes propos n’ont aucune ambition sérieuse au sens commun. Ni celle de résoudre le chômage, ni même de proposer une alternative économique, politique ou sociale. Pas d’ambition de ce côté-là. Edgar Allan Poe disait de l’ambition que de ne pas en avoir c’est déjà en avoir. Je suppose que cela prend à contre-pied cette croyance que l’ambition, qu’elle soit dans le nombre, dans la durée ou même l’action est un bien en soi.

 

Aujourd’hui, peut être avec la mort philosophique des idéologies, la grandeur, l’ambition philosophique est interdite à l’homme. Mais de quelle grandeur parle-t-on ? Celle de l’idée universelle, de l’absolu, de Dieu, de l’âme, des « arrières mondes », nirvana, enfer et autres paradis. Cela dit, la fin de cette grandeur est-elle la fin de la philosophie, de l’éthique, et de ses dérivés ? N’existe-il pas une autre grandeur, celle du petit justement, de l’un face au multiple, du subjectif face à l’objectif, du sentiment face à l’utilité, de la personne face à l’individu ?

 

 

Ethique personnelle contre morale sociale

 

Car je considère, en tout cas ici, que la morale est l’antinomie de l’éthique, que le social permet une valorisation extériorisée plutôt qu’intériorisée. Je m’explique. L’éthique est ce qui permet la valorisation des choses. L’éthique est, selon moi, purement personnelle, étant donné que la perspective que j’ai des choses est unique et corrélée à ma personne, et donc que leur valorisation l’est aussi. Ici, l’éthique est à opposer à la morale, sorte d’éthique sociale. Le social est toujours extérieur à la personne, et sa morale toujours imposée, via ses institutions. Pourquoi affirmer la primauté de la personnalité sur le social, de l’éthique sur la morale ? Le social, la dimension sociale des choses est un concept, n’est qu’un concept, un outil d’interprétation de la réalité, non pas la réalité elle-même, alors que la personne, ce fameux « moi », est la perspective que nous avons tous, celle qui justement permet le concept. Au niveau personnel, celui qui nous intéresse, le social doit garder sa place d’outil et non pas de réalité, ni donc de priorité. Il ne faut surtout pas oublier que le social n’est que ce qu’on met derrière ce mot, cette notion. Pourquoi croyez vous que la sociologie, étude du social, des phénomènes sociaux, est parallèle au socialisme, idéologie du social ? Pour affirmer la priorité du social, il faut de prime abord affirmer son existence, et pour ce faire quoi de mieux qu’une « science » qui lui est dévouée ? Mais socialisme et sociologie ne considèrent pas la personne, la perspective personnelle, voire la nient. Ici, on ne fera pas de sociologie ni de socialisme moral, non pas par refus pur et simple du social, mais par choix éthique. Une éthique du chômage, cela passe justement par le refus de la priorité sociale dans sa vie, dans ses choix, dans ses usages, en évitant bien sûr l’égocentrisme et l’égoïsme vulgaires.

 

Que l’on arrête de considérer le chômage comme une inactivité, les chômeurs comme des sous hommes, ou des enfants que l’on doit parenter. Le chômeur est avant tout un esprit libre à construire, une personne qui a la puissance de disposer de ressources essentielles que sont le temps et l’espace. Reste à construire une volonté, qui associée à cette puissance, cette liberté de devenir, pourra enfin faire sortir le chômeur de la conception sociale et péjorative qu’il a de lui-même. Et devenir ce qu’il est.

 

 

Contre le travail

Qu’est ce qui cloche avec le travail ? Oui ! Il y a un truc qui me dérange dans cette épistémé que nous construisons, cette obsession du travail, ce centrage de toute vie autour de cette activité : le travail. 40 ans, 7 heures par jours consacrées au travail, plus, si on est pessimiste, quelques années d’écoles, de collège, de lycée, de faculté ou d’école supérieure pour nous y « préparer ». Peut-on imaginer plus grand sacrifice ? « Arbeit macht frei », « je veux redonner toute sa valeur au travail », « travailleurs, travailleuses », « le travailleur est plus libre que le chômeur » et j’en passe et des meilleures. N’est ce pas effrayant ? Pourquoi devons nous travailler ? Cette question est triviale pour beaucoup. « Pour vivre », « Pour pouvoir vivre correctement », « afin d’acquérir les moyens (l’argent, quoi) de mener une existence décente et digne ». Oui, certes.

Mais entre travailler pour vivre et vivre pour travailler, n’y a-t-il pas une différence fondamentale ? Entre consacrer le plupart de son meilleur temps, de son temps éveillé pour certains à une activité sacrificielle, pour une activité qu’on fait non pas pour elle-même mais plutôt dans le but de pouvoir faire d’autres activités, et avoir assez de moyens pour vivre correctement, n’y a-t-il pas une différence ?

Qu’est ce qui me dérange dans le travail ? Le mot ? OK, l’étymologie n’est pas reluisante, cela veut dire torture, mais cela n’est pas suffisant. Il y a bien un lien entre travail et torture, la dimension de la souffrance pour beaucoup, mais cela n’est pas l’essentiel.

Premièrement, il y a la dimension verticale de l’entreprise. On ne travaille jamais pour soi, mais pour d’autres. « Pour qui bosses tu ? », « mon patron est content de moi ». Grave, très grave verticalité qui persiste dans le monde du travail, alors que partout ailleurs elle est en délitement. Il y a toujours quelqu’un au dessus de moi, mon boss, qui me dirige, qui m’oriente. Et cela, c’est difficile à avaler quand on est libertaire et athé.

Deuxième chose. Le caractère obligatoire, le caractère de structuration extérieure de ma vie. « Je dois me lever à 8h demain matin », je dois augmenter de 150% mes ventes pour l’année prochaine », « je dois être sympathique avec cet homme, non pas parce que je l’estime, mais parce que c’est un client de mon entreprise ». J’ai entendu cela trop souvent. Ce « je dois », est une blessure qui caractérise bien trop l’humain.

Il y a les travailleurs, les actifs et les « non actifs ». Cette classification m’énerve plus que tout. Croit-on que les sans emploi ne font rien ? Les vieux, les jeunes, les chômeurs, les asociaux, les malades, les handicapés… Du point de vue d’une société qui valorise bien trop le travail, eux ne valent rien. Les jeunes : aucune utilité, si ce n’est en tant que futur travailleur. Donc il faut les « former » (ce mot me fait froid dans le dos, brrrr…) à la vie professionnelle. Les vieux ? On les récompense d’une vie sacrifiée à la cause du travail, comme si cela valait récompense ! Les chômeurs, catégorisés comme poids de la société, catégorie qu’il faut absolument diminuer. Pourquoi ne pas l’augmenter ? Les handicapés, les malades, les asociaux, on n’en parle pas, car ils sont tout à la fois, et donc bien trop compliqués à catégoriser, à haïr.

Qui sont ces travailleurs dont je parle ? Ce sont ceux qui pestent contre celui qui est au dessus d’eux tout en jouissant du fait qu’il y en est au dessous. Ce sont ceux qui sont fiers de se lever à 8h du matin dans la perspective d’une journée dont ils ne profiteront que de quelques minutes, de quelques heures au mieux. Ce sont ceux qui méprisent celui qui ne travaille pas, qui le considère comme inférieur. Ce sont ceux qui font le plus de travail, alors qu’ils pourraient faire le moins. Ce sont ceux qui croient qu’ils sont libres parce qu’ils « gagnent » leur vie. Une vie ne se gagne pas. Elle s’apprécie. (Cela est amusant d’ailleurs de constater que le mot gagner est aussi utilisé dans l’expression « gagner son paradis »).  C’est celui qui ne voit pas l’énorme gâchis qu’il est en train de faire de sa vie. 

On l’aura compris, je ne milite pas contre toute activité, professionnelle ou non. Je critique plutôt la forme et la perception que beaucoup donne à leur activité principale. Aujourd’hui le discours sur la servitude volontaire, ou sur le travail volontaire est plus que jamais inactuel (donc actuel). Bien sûr, l’activité (sociale ou individuelle), la production (utile ou inutile) sont choses indispensables à la réalisation de soi, volonté de puissance oblige. Mais est-on obligé d’en faire un travail ?  Quelles alternatives se présentent à nous ?

 

L’épicurien et le travail : le moins, le mieux

L’épicurisme d’abord : faire le minimum. « L’homme devrait travailler un jour par semaine et faire ce qu’il lui plait les six autres ». Ici l’expérience philosophique de Henry David Thoreau, qui pendant plus de deux ans a vécu au bord de l’étang de Walden dans le Massachusetts de l’Amérique du début de l’industrialisation, vaut pour principe. Thoreau refuse purement le travail et le social, ou plutôt le social donc le travail. Il part loin de la ville, du village, de la ferme, de la chaire d’université. Il laisse tout cela et construit sa baraque au bord de ce petit lac isolé dans les bois. Cette expérience contée par lui en des termes magnifiques dans Walden ou la Vie dans les Bois, et dans son Journal, donne un message clair à celui qui le lit : l’activité sociale, dont le travail, non nécessaires (pour utiliser les termes épicuriens) ne sont que superflus et poids pour l’existence humaine. Il décide de montrer que le superflu n’est pas qu’inutile, mais qu’il est aussi un fardeau et empêche l’homme d’accéder à la vraie richesse, la liberté de la solitude et la joie de la nature. Loin de l’attitude consumériste des biens comme du travail, attitude répandue à l’époque de la construction du chemin de fer et de l’industrie américaine, il choisit l’ascèse épicurienne, le contrôle de soi en vue du plaisir. Dans cet hymne à la nature, avec cette morale esthétique, cette écosophie, sagesse de l’environnement, l’économie, le commerce avec la nature prend tout son sens. Dans cette une symbiose parfaite, Thoreau et l’étang de Walden ne font qu’un, ils communient par la culture et l’agriculture, dans un seul et même sens. Avec cette expérience, il montre qu’essaimer, sarcler, labourer, ramasser, couper, récolter, ne sont plus un travail tant qu’ils sont nécessaires, ne sont pas une obligation mais un désir suivi d’un plaisir immédiatement satisfait dans l’activité, et pour lui et pour l’étang. Il découvre que l’homme libéré du social, alors miroir de la nature peut survenir à ses besoins sans travailler. Il découvre qu’accumuler, prévoir trop, excéder ses besoins propres rend esclave celui qui le fait. Esclave de ce qu’il a, de ce qu’il pourrait avoir, esclave de ce qu’il n’a pas. Il montre qu’avec pas grand-chose on peut avoir beaucoup, qu’on peut être riche sans rien posséder.

            L’expérience de Thoreau nous apprend moins par son historicité, par ce que Thoreau a fait, que par ce que on peut en faire, ce qu’il peut nous montrer, son message. C’est d’ailleurs dans cette perspective, je crois qu’il écrit cet ouvrage, Walden. En effet peu lui importe de se vanter d’avoir vécu seul dans les bois pendant deux ans, peu lui importent les biens que pourraient lui procurer la publication d’un ouvrage sur cette expérience. Les biens et la reconnaissance sociale ne l’intéressent pas.

Non, il n’écrit pas non plus pour qu’on l’imite, qu’on aille tous vivre dans les bois. Loin de lui cette idée, qui gâcherait toute perspective solipsiste, de solitude, d’anticonformisme. Non, il nous parle des possibilités de la personne face à l’existence, au choix possible d’existence. Sa méthode est cependant à noter : il fait les choses plutôt qu’en parler dans le vide. Quel formidable cynisme ! Cela rappelle un Antisthène (ou était-ce Diogène ?), père de la philosophie cynique antique, montrant à Platon un coq déplumé pour briser l’idée platonicienne que l’homme est un bipède sans plume. Quelle force ! Montrer plutôt que démontrer. Vivre sa pensée et penser sa vie, voilà la philosophie de Thoreau. Cette méthode de l’action permet un véritable pluralisme, la fin de toute pensée unique, qui prend son origine dans le rationalisme, la transcendance de l’Idée, la croyance sociale qu’il existe une Vérité et qu’elle est peut être dans les livres. Le philosophe ou le scientifique serait alors dirigé par des méthodes universelles qui le dirigent vers cette Vérité unique. Non. Pour Thoreau, l’expérience est la seule chose communicable et qui transcende l’humain, pas le résultat qu’on peut tirer de celle-ci, et c’est l’intuition et l’évidence de l’expérience qui sont à retenir. Il faut donc construire un sens à partir de cette expérience, mais un pour chacun, l’interpréter. Ne surtout pas en faire des idéologie, mettre le label « vérité » sur ce que l’on trouvera, mais plutôt rendre subjective cette expérience, se l’approprier, unique et située, Vérité pour un mais erreur pour tous. 

Il nous parle en premier lieu du caractère non obligatoire des institutions sociales, qu’elles soient formées : Etat, travail, famille, école, industrie et agriculture ; et non formées : idéologies diverses et variées mais qui reviennent toujours à la même chose, consumérisme, individualisme, socialisme, christianisme, capitalisme, et autres monstres philosophiques. On se rappellera l’anecdote d’un Thoreau passant quelques heures en prison pour ne pas avoir reconnu l’Etat en ne payant pas les impôts dus à tout un chacun. Quelle personnalité ! Cela lui inspirera le trop célèbre traité de désobéissance civile. Le meilleur gouvernement, question qui hante les philosophes depuis Socrate jusqu’à un éventuel Luc Ferry, « c’est celui qui ne gouverne point » nous dit il. En effet, que lui importe (ou même apporte) un gouvernement, une école, une université, une morale, une église, une entreprise, de l’argent, du travail quand lui, au bord du plus bel étang qui jamais fût pour lui, il sarcle ces haricots, passe ses après midis sur la surface inviolée de Walden, dissertant sur le mérite du reflet, sur les carpes les gardons ou le cri du hibou ? Apprendre la vie à l’école ? Laissez le rire : on n’apprend à vivre qu’en vivant. Un gouvernement, un maître, un patron ? Le maître est inutile en tant que maître, le gouvernement ne peut être que source d’oppression, le patron n’est qu’un nouvel esclavagiste, mais tout autant esclave que ses ouvriers.

On a donc affaire à un antisocial, dans le sens le plus pur du terme. Il est séparé du social, de la masse, des gens, mais délibérément. Il le choisit, après délibération. Le social n’est pour lui que commérages, inutilités, modes futiles et création de dépendances. Qu’en est-il du travail, cette activité purement sociale ?

 

Parce que le chômage n’a aucune utilité sociale, qu’il est du point de vue de la Société un parasite à éradiquer, le chômeur doit sous peine de culpabilité se détacher de la société, tout comme Thoreau l’a fait à sa façon. Doit-on pour autant partir dans les bois, et cultiver une partie de forêt ? Douce idée, mais bien trop idéale pour être réalisée sans dommage. Non pour le chômeur d’aujourd’hui il s’agit d’éradiquer la perspective sociale de son propre panorama. On ne me reconnaît aucune utilité sociale ? Très bien ! Quelle est donc l’utilité de ce que vous faites, vous, les sociaux ? Ne seriez vous que des sacrifiés ? Si tout le monde se sacrifie, travaille pour l’ « autre », qui lui-même travaille pour un autre sans qu’il n’y est jamais de pur bénéficiaire, cela n’engage que rancunes diverses, inutilités et culpabilités. Tu travailles moins pour moi que moi pour toi ! Je travaille moins pour les autres que les autres pour moi. Tout cela n’entraîne que surenchère, surproduction, surestimation, travail et consommation inutiles.

Thoreau ne veut pas changer le monde, mais en se changeant lui il change le monde, par la perception qu’il en a. Il décide de travailler pour lui, et donc le moins possible.

Par Raf - Publié dans : espace politico médiatique
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Samedi 30 décembre 2006 6 30 /12 /Déc /2006 17:31

Une des plus grande opposition en philosophie, et dans le monde bien sûr, est celle de la liberté face au déterminisme. Classiquement, on pose la question de la liberté ou de son absence par l’alternative suivante : soit on est déterminé, et donc la liberté n’est pas possible. Soit on est libre, et le déterminisme n’est pas possible. De cette alternative, grossièrement posée ici, peu en réchappent. Beaucoup oublient le déterminisme, et postulent la liberté sans fondement aucun. D’autres affirment le déterminisme total, matérialiste ou social, bien souvent les deux, sans prendre en compte le sentiment, la représentation d’être libre. Les desseins de ceux qui affirment soit la liberté soit le déterminisme de la volonté, sont divers et plus ou moins conscients : celui d’imprimer ou d’effacer la responsabilité, le sentiment de culpabilité dans l’homme, ou bien vouloir de dominer une vie qui bien souvent nous échappe totalement. Certains cependant ont développé une pensée plus fine. Je pense à Spinoza, qui affirme que la volonté libre n’est qu’une interprétation mauvaise d’une série de causes qui détermine cette volonté. Je pense à Nietzsche qui affirme que la seule liberté que nous avons est celle d’apprécier notre détermination, notre destin.

Liberté : Quel mot d’ordre précis ! Liberté de penser ? Liberté de volonté ? Volonté libre ? Toutes ? Certains font une distinction entre la liberté politique et la liberté de la volonté. N’est-il pas étrange de croire que les phénomènes politiques et sociaux, humains échappent à toute physique, à toute nature ? « L’homme naît libre ! » affirme-t-on. Bel idéal, certes. Mais comment ? Aurions nous donc une volonté ?

Déterminisme. Ne serions nous que des atomes, des corps, des atomes sociaux ? Ne serions nous que les réceptacles de déterminismes atomiques, sociaux et biologiques ? Ne serions nous que des pantins dont les ficelles nous échappent totalement ? N’aurions nous donc aucune volonté ?

            Car cette opposition, cette alternative trop souvent inconciliable se dissout en un mot : la volonté. Oui, nous voulons. La volonté est à différencier du choix, piètre interprétation morale (trop humaine…) de la volonté. Le problème du couple liberté/déterminisme se limite à la question suivante : Ai-je une volonté propre, libre, sans aucune cause, ou ma volonté n’est-elle que partie de causes (atomiques, biologiques ou sociales) qui me dépassent ?

            Etrange opposition. Je sais n’être qu’atomes, n’être qu’un corps biologique, n’être qu’individu (au sens de corps indivisible socialement, ou atome social). Je conçoit être totalement déterminé, physiquement et socialement, et pourtant… Je veux. Ma volonté n’est sûrement que le résultat de mes déterminismes, interprétée libre par ignorance, par innocence. Là est toute la solution ! De là découle la clarté libertaire (la liberté comme ultime) ! Si on est libre, cela ne peut être que par représentation interposée. On se représente libre. On se perçoit libre. La sagesse sophiste (redondance ô combien nécessaire) nous apprend que si une vérité existe, c’est celle des apparences. On est libre que par innocence, par ignorance de ses propres déterminismes. Nous avons l’apparence (par innocence) d’être libre, et cela est plaisant.

Mais alors qu’est ce être libertaire ? Quel est le but de la connaissance de ses déterminismes ? Quel est le but d’une civilisation socratique, d’une civilisation en soif de connaissance (cf Nietzsche, la naissance de la tragédie) ? Une civilisation qui, selon les dires bibliques, s’est condamnée elle-même par amour de la connaissance, qui a croquée la pomme ? C’est là qu’il faut comprendre la liberté comme affranchissement. Que dit Nietzsche quand il introduit la connaissance comme élément civilisationnel à dépasser ? Il dit : connais toi toi-même, connais la chaîne des causes qui déterminent ta volonté, mais cela n’est pas ton but ultime, ta connaissance ne te mènera pas vers la liberté, elle t’enchaînera, tu te trouveras enchaîné par cette chaîne de causes. La connaissance n’a pas pour but la liberté. La connaissance a pour but l’enchaînement. Non, il dit plutôt : connais toi toi-même pour mieux t’oublier, pour connaître ta chaîne afin de mieux la détruire, la casser et retrouver ton innocence d’ignorant, d’enfant. La liberté pour le libertaire c’est donc connaître ses chaînes pour mieux s’en affranchir, oublier sa connaissance pour assainir ses représentations, atteindre la grande Santé. Connais ton corps, connais ton environnement et oublie les, affranchis t-en. Alors tu seras libre et innocent.

Par Raf - Publié dans : sur Nietzsche, et autres?
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 26 décembre 2006 2 26 /12 /Déc /2006 12:25

J’avais écrit, il y a quelques temps déjà, qu’on pouvait définir la philosophie non pas comme amitié (amour) de la sagesse, mais plutôt comme sagesse de l’amitié. Il me semble aujourd’hui, à la lecture du livre de Onfray, la puissance d’exister, que cette définition est particulièrement pertinente pour caractériser l’activité philosophique.

J’avais écrit : « Je pose un type de plaisir connu sous le terme d’amitié, philia en grec. On mesure déjà le lien entre cette philia et la philosophie. L’amitié de la sagesse. Ou la sagesse de l’amitié. Ce plaisir est un plaisir englobant. Il est l’amitié de soi. Il est l’amitié des autres personnes. Il est l’amitié des objets qui procurent le plaisir. Le tout n’est qu’un seul sentiment. La philosophie, cette fameuse sagesse de l’amitié, ne peut être menée uniquement que vers ce but, si il en est un. L’égoïsme, ou amitié à soi, l’altruisme, l’amitié pour les autres, l’intérêt, l’amitié pour les choses ; toutes ces amitiés ne sont pas à distinguer, ni surtout à opposer. Chaque plaisir est une combinaison immanente et unique de ces trois amitiés. Le plaisir nécessite un sage agencement des trois types. Et cet agencement s’appelle philosophie. »

(Plaisir et amitiés, 31 mars 2006)

En quoi, me demanderez vous, cette définition de la philosophie comme organisation des amitiés à soi, à l’autre, et aux choses peut-elle être caractéristique de l’activité des « Grands Philosophes » et de celle, non moins philosophique, des « petites gens » ? En quoi cela mène-t-il à une autre lecture de la philosophie, déssanctifiée, corporalisée ?

            Si l’on regarde bien toutes les grandes doctrines philosophiques, platonisme, épicurisme, cynisme, stoïcisme, idéalisme, matérialisme, philosophies religieuses (pour leurs parties philosophiques), rationalisme, utilitarisme…, ce sont toutes des manières plus ou moins différentes d’organiser ses amitiés et ses inimitiés. Amitié de la matière pour le matérialisme. Inimitié de la matière, amitié de l’Idée pour le platonisme. Amitié aux dieux et aux arrières mondes pour les philosophies religieuses. Amitié de l’immanence et de l’atome chez Epicure. Tout discours philosophique (ou presque ?) se résume à « j’aime/ je n’aime pas ». Et j’aime la franchise de Onfray dont la formule « je tiens pour… » ne dissimule que très peu cette dimension du discours philosophique.

            Parmi l’activité philosophique, je tiens pour réellement importante celle de dire quels philosophes on aime le plus. Activité particulièrement développée et appréciée dans la philosophie de Onfray. La question de l’amitié traverse le temps, et on ressent de l’affection réelle ou une répulsion en lisant telle ou telle œuvre. L'appréciation ne se situe que très peu au niveau de la raison, mais au niveau des affects. La raison vient justifier, plus ou moins fortement, ces affections et désaffections.  

Si l’on divise le monde en trois, moi, les autres, et les choses (division arbitraire, comme toute division) les différents courants philosophiques s’éclaircissent. Haine du réel matériel, donc du corps, donc des autres, donc des choses. Mais amitié de l’Idée, donc amitié de l’âme, de l’âme rarement supposée des autres et des choses. Amitié à la matière donc du corps, donc des autres, donc des choses. Chez Nietzsche cette dimension est particulièrement probante : Amor Fati ! nous dit le philosophe : aime ton destin ! Tu n’es que volonté de puissance, et cela tu dois l’apprécier. Trois dimensions importante à la philosophie donc: leur dosage de l’égoïsme, de l’altruisme et de l’intérêt.

Si la philosophie n’est que cela, sagesse de l’amitié, sagesse de l’agencement des amitiés, avec possible justification raisonnable et raisonnée des amitiés, elle apparaît, pour ma part, moins prétentieuse, moins idéaliste, plus corporelle, plus proche de l’autobiographie d’un corps et plus lointaine de l’activité de regarder le ciel pour attendre la chute des idées. Sens ton corps, sens les autres, sens les choses. Aime les à ta façon et dis : j’aime, je n’aime pas. Alors tu seras philosophe.  

Par Raf - Publié dans : subjectivité
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Jeudi 14 décembre 2006 4 14 /12 /Déc /2006 11:55
Dès que je suis né, on m’a décidé une identité. « On » ! je parle des institutions dénaturantes bien sûr. Ma famille m’a donné un prénom, et un nom. La société m’a dit tu es homme, tu es européen, tu es français. L’Etat ma donné une carte, avec un numéro, une photo, une adresse et une taille qui ne correspondent plus. On m’a fait croire que j’étais tout cela : un nom, une origine, et une carte bientôt magnétique. On m’a fait croire que j’étais le même toute ma vie, que je portai une identité, que parce que j’avais ces symboles identitaires, identiques pour toute la période de ma vie, ils étaient moi, ils étaient ce que je suis, ce que j’étais, ce que je serai.
    Cela me trouble profondément. Ces symboles identitaires sont parfaitement ce que je ne suis pas : toujours le même. Je n’ai guère d’identité, je suis un, et un autre l’instant d’avant, et encore un autre l’instant d’après. Car mon corps change, il croît puis décroît, il génère et dégénère, il n’a pas les limites que l’on pourrait croire, il s’agence différemment à chaque moment. En termes atomistes, les atomes de mon corps changent, se déplacent, se remplacent. Mes cellules se dupliquent, mutent, échangent, importent, produisent et exportent, et meurent à chaque instant. Qu’en conclure sur l’identité ? Une identité du moi par le corps ? Peu concluant. L’âme alors. Oui, la croyance en une identité suppose celle en l’âme. L’âme intemporelle, l’âme permanente, l’âme identique. L’âme suppose l’identité comme l’identité suppose l’âme. Comme je ne croie pas à l’âme, je jette au loin cette identité par laquelle nous sommes censés nous affirmer. Moi, un nom ? Moi, une nationalité ? Moi, un numéro ? Moi, une carte ? Moi, un homme ? Quelles étrangetés !
Lorsqu’on tente de devenir ce qu'on est, on a que faire de ces nullités, de ces agents du nihilisme. L’identité est un statut, pas mon corps, ni mon moi. Il ne faut surtout pas oublier que le « moi » médiatise ces statuts, pas l’inverse, à savoir que ces statuts médiatisent le « moi ». Le « moi » porte ces noms, ces statuts tel le chameau du Zarathoustra de Nietzsche. Le moi n’est certainement pas ces statuts qu’on nous impose, que nous nous imposons en y consentant. Soyons Lion, et conquérons notre indépendance, notre autonomie, notre liberté ! Effaçons ces inscriptions identitaires qui marquent douloureusement notre corps. Oui, nous nous sommes marqués comme du vulgaire bétail, on a inscrit par la violence physique et/ou symbolique sur notre corps la marque de l’institution, du statut, de l’Etat, de la société à laquelle nous croyons tant.
Le moi c’est tout autre chose que ces marques débiles indélébiles. Le moi, c’est une perspective, changeant à chaque instant, sans aucune identité, sans aucune stabilité si ce n’est dans l’instant. Le moi, c’est la perspective que j’ai de mon environnement à un instant présent. Et pas d’interprétation dualiste s’il vous plaît ! Quand je dis moi et environnement, j’associe, j’unifie, je fais communier mon environnement et le « moi ». L’environnement n’est que la perception que j’en ai via mes sens et ma conscience. Ma conscience et mes sens, le moi les perçoit comme partie intégrante d’un même tout, dont fait partie mon moi. Le « moi » n’est ni l’environnement censé exister autour de moi, ni la sensation que j’en ai, ni la cognition, la conscience que j’en ai, mais la perspective que tout cela m’offre. En somme, le moi n’est pas séparé du monde, mais il est le monde. Lorsqu’on a compris l’importance de l’instant, l’oubli de toute identité, qu’on a compris l’erreur du dualisme, alors on peut devenir l’Enfant innocent dont parle Zarathoustra, à la suite du Chameau décadent et du Lion conquérant. 
Par Raf - Publié dans : sur Nietzsche, et autres?
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Recommander

Concours

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus