Samedi 11 mars 2006
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samedi 11 mars 2006
La caractéristique qui différencie l’homme de toute autre chose, est qu’il est une machine à naturaliser ses catégories, ses formes, ses idées. L’exemple le plus probant se trouve dans la philosophie grecque, celle tout du moins qui est réputée grande. Platon et Aristote croyaient dans la réalité des idées pour l’un, des formes pour l’autre. Quand l’homme est confronté à la nature, il fait confiance à ses sens, qui lui montre en effet des formes, des limites, il croit que ces choses existent. Mais en soi ne sont-elles pas que des assemblages temporaires d’atomes, un univers uni sans limites internes ? Quelle différence y a-t-il entre une pierre et l’air qui l’entoure? Seulement une différence de composition et de densité, non pas de nature. Le fait de considérer que la forme ou l’idée de la chaise existent dans la réalité objective, la réalité physique, tout cela est Culture, tout cela est humain. La nature n’est qu’atomes et énergies, bien que nous puissions supposer nous même que cette distinction est de fait caduque.
La Culture est l’ensemble des catégories interprétative sur
la Nature , crées par l’homme à un moment donné, à un endroit donné; c'est une structuration immanente. Cette distinction Culture/Nature est elle-même culturelle. L’homme porte douloureusement cette distinction, essence de ce qu’il est, est à la fois naturel, en tant qu’ensemble temporaire d’atomes faisant partie d’un tout, et culturel, conscient de l’écorce séparatrice qu’est sa peau, conscient de la différence entre son Moi, et le reste. Il n’est pas ici question d’incriminer la culture et toute sa progéniture, mais de rendre compte de son immanence, de sa relativité et de sa subjectivité.
Toute Ethique appartient à ce monde de
la Culture. Elle est donc par définition hors de portée de toute vérité objective, physique. Elle est une notion à la première personne. Elle est basée sur la vérité du moi, celle basée sur mes sens, celle de mon corps. Je pense donc je suis vrai. Et je ne puis exprimer cette vérité. Telle pensée ne peut que favoriser l’éloignement relatif des hommes. La culture de soi devient l’élément important. Que m’importe de tenter d’expulser mon moi vers d’autres, je ne peux qu’en tirer qu’une pâle imitation. Et que m’importe ton Toi, puisque mon éthique est toujours la mieux adaptée pour moi. Le contact social peut être aussi destructeur que constructeur, et la balance est sensible quant à la bonne distance. Ni trop proche et ainsi dépréciative ; ni trop éloignée, et ainsi trop isolatrice.
Tout système philosophique ne peut donc être que non organisé. La pensée ne se divise pas en catégories. L’éthique provient, procrée et influence la métaphysique, tout comme la métaphysique provient, procrée et influence l’épistémologie et ainsi de suite. Toute pensée n’est qu’une infime émanation d’un système où tout est un et unique, tellement les liens qui unissent d’éventuels éléments sont puissants et nombreux. Derrière un mot qui sort de notre bouche, de notre plume, il y a cet univers personnel, car ce mot est chargé de sens, cette
Culture personnelle.
Il y a deux façons d’aborder ce segment qu’est la vie. La première est de rechercher ce que l’on n’est pas, ce que l’on a pas, de chercher le bonheur dans l’idée de ce qui n’est pas. La seconde se protège, cherche l’ataraxie, l’absence de troubles, elle tente de prendre le plaisir de ce qu’elle a déjà. La philosophie est pour cette personne une question de santé et non de vérité (Nietzsche – le gai savoir). Epicure, Montaigne, Nietzsche : tous des penseurs de la protection, de la culture personnelle et de la bonne distance sociale. Et ce sont les rieurs !
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