On l’aura compris la politique est une affaire de médium. Il y a un système médiatique qui rend possible la politique. Pourquoi me demanderez vous ? Par ce que l’objet de la politique c’est la communication, et la communication se fait par un intermédiaire, c’est à dire littéralement, un « médium entre ». On ne peut penser de politique sans communication, parce que le politique c’est justement le vivre ensemble, et que pour vivre ensemble il faut indispensablement quelque chose de commun, un même langage, des mêmes valeurs, des mêmes pratiques (une même culture). Cela n’empêche pas d’avoir des différences, au contraire. Mais il faut faire bien attention à ce que le politique, donc le commun n’excède pas une certaine mesure, ne devienne pas la totalité de ce qu’on est. Or c’est ce qui se passe dans un monde politique où l’audio visuel est le médium principal. Mais avant d’en arriver à de telles conclusions, retraçons rapidement une histoire des médias et de leurs caractéristiques politiques, de la façon dont les moyens de communications expriment, fabriquent et façonnent la communauté.
L’oralité est un médium égalitaire, en cela que tout le monde possède (ou presque), et que tout le monde peut comprendre, puisque notre éducation est grandement basée sur le langage. Dans une société orale, il n’y a donc pas ou prou de monopole, ou d’oligopole de pouvoir. Parce que le mot, l’objet de la communication est à la portée de tous. Bien sûr, les inégalités face à l’éducation et donc face au mot sévit toujours mais nos chers sophistes sont là pour remédier à ce petit désagrément…
L’écrit, en revanche est un medium élitaire, puisque seule une frange de la population a accès à l’émission et à la réception. La seule communication écrite égalitaire est entre élites. Bien sûr, Il y a superposition de l’oral et de l’écrit. Ainsi apparaît la figure du prêtre : le seul qui a accès à la vérité, l’écrit, ou mieux, les Ecritures, et qui fait une retransmission orale de ces écrits. L’échange n’est plus de mise, puisque il est le seul à disposer de la possibilité et de la légitimité de l’écrit, et que la vérité, la réalité n’est accessible que par lui.
Avec l’audio visuel, et principalement avec la télévision, on entre dans une ère totalitaire. Pourquoi totalitaire ? Premièrement, il y peu d’émetteurs, mais la (quasi) totalité de la société y a accès. C’est un médium de masse, élément très important à tous les totalitarismes. Deuxièmement, la télévision a vocation à s’inclure dans tous les moments, à tous les endroits, et surtout sur tous les sujets. C’est un médium qui ne s’arrête jamais, et auquel on a accès très facilement. De plus le contenu est fixe, malgré une apparente diversification en chaînes, il y a partout le même format, le son et l’image associés, et le même message : l’actualité, le journalier, le journal. Les présentateurs télés sont tous des « journalistes », et dans ma bouche, de ma plume, ou sur mon clavier, ce n’est en aucun cas un compliment.
Bien sûr, chacun de nous est subjectif et donc interprète le message différemment, parfois radicalement, mais seulement dans sa réceptivité, dans sa passivité. Il y a un glissement sémantique et réel de la subjectivité à la sujétion. Il n’a y aucune interaction avec la télévision. La passivité c’est toute la différence entre le conditionnement et l’éducation. Et le conditionnement justement nous mène à une convergence des subjectivités, d’une subjectivité objectivée, donc dépourvue de son caractère d’unicité, et non d’une intersubjectivité, puisqu’il n’y a pas d’échange, il n’y a pas de « entre ». Il y a un émetteur, il y a des récepteurs, mais il n’y a pas d’échanges entre eux. La seule émission possible que le récepteur émet en direction des émetteurs, c’est l’audimat. Quel message ! Quelle profondeur ! « La loi de l’audimat », c’est la fin de toute subjectivité à la télévision et ailleurs. Ce conditionnement nous mène à l’uniforme, à la même forme pour tous.
La télévision est en cela un médium totalitaire, et mène à des régimes qui sont totalitaires eux-mêmes, dans une certaine mesure seulement puisqu’il y a superposition des médias, oralité, écrit, télévision. Le système politique et médiatique audio visuel actuel tend à uniformiser par un conditionnement moral le goût, la vision du monde (par exemple la vison de l’espace politique autour de l’axe gauche droite), bref de tout ce qui tend à faire diverger les hommes. Pire,
De plus elle favorise l’émergence d’un petit groupe d’émetteurs, de dirigeants, de représentants. Comment être représenté ? C’est assez simple, il vous faut accepter de vous compromettre, de communiquer, votre présence, votre volonté, dans la signification la plus profonde du terme. En un mot de vous rendre commun. Cela semble d’ailleurs inutile, parce que mon prétendu représentant a sa subjectivité propre, et qu’elle annihile donc les possibilités d’une représentation réelle de ma volonté. Cela mène donc à un groupe de plus en plus restreint au pouvoir, à l’émission de puissance et de valeurs. Au niveau politique et au niveau économique on peut d’ailleurs constater un amassement, c'est-à-dire la désertion du capital, tant financier que symbolique et culturel, des mains des masses. Amasser le pouvoir (et argent), c’est l’enlever aux masses, l’objet même de ce pouvoir. Cela suppose encore et toujours la massification de la société, principe roi de tout totalitarisme. Au sein de la masse, qui pourra détecter les subjectivités ? « Les français ont voté en masse ». Voilà bien un signe d’appauvrissement du peuple, si tant est qu’une telle chose existe, bien évidemment. Quand j’entends untel dire que 11 millions de français ont exprimé leur volonté en sa faveur, lui ont donné la légitimité de parler, je crois rêver ! Le vote, c’est le même principe que l’audimat. Exprime-t-on quelque chose par l’audimat ? C’est une donnée extrêmement floue. Mettons que 11 millions de français regardent le 20 heures de TF1. Est-ce que cela veut dire que le journal de TF1 est bien, riche, agréable, qu’il permet la culture le dialogue, la réflexion, la connaissance ? Le nombre ne fait pas la qualité, bien au contraire, il ne fait que la médiocrité. Plus il y a d’audimat, moins la télévision a quelque chose à dire. Il suffit de regarder l’appauvrissement du contenu de la presse écrite nationale. Et oui, quand on a 10 millions de lecteurs, on ne peut pas tout dire, sous peine de perdre son lectorat. Même chose avec la politique bien sûr. (Je ne pleurerai pas sur le déperissement de la presse écrite... comme le font les journalistes en tout cas, et donc je déplore le regain de (MAUVAIS?) goût pour la politique)
Exprime-t-on quelque chose par le vote ? Oui ! On exprime la réduction de la volonté du multiple, et donc de multiples volontés, en celle d’un seule homme, et cela s’appelle, lorsque cette volonté devient légitimité, le totalitarisme.
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Bien, bien et Internet dans tout cela ?
je viens de lire ton texte et j'ai ressoti un livre "1984".
Ca commence vraiment à faire flipper ce qu'il se passe!
C'est aussi du côté de chez syti.net qu'il prévoit bien..
Bien ton texte continue
a+
Arth