Lundi 3 décembre 2007 1 03 /12 /Déc /2007 16:39
"Ce que je considérais jusqu'alors comme humain, trop humain, se trouvait magnifié à un degré inépuisable. Il n"était plus nécessaire d'attendre la venue d'un surhomme. Les frontières du monde humain devenaient soudain sans limites. Tout est donné, nous dit-on encore et encore. Tout ce qu'on nous demande, je le voyais maintenant clairement, c'était d'accomplir notre propre nature. On parle de nature potentielle de l'homme comme si elle était en contradiction avec celle qu'il révèle. Dans la mère de Karen, je voyais fleurir l'être en puissance, je le voyais exproprier la coquille grossière et extérieure dans laquelle il était enfermé. Je comprenais que la métamorphose est actuelle et effective, signe même de la vitalité. Je voyais le principe féminin usurpé par l'humain. Je comprenais qu'une plus grande dotation en élément humain éveillait un sens accru de la réalité. Je comprenais qu'en augmentant la force vitale, l'être qui l'incarne nous devient toujours plus proche, toujours plus tendre, toujours plus indispensable. L'être supérieur n'est pas, comme je le supposais jusque-là, plus lointain, plus détaché, plus abstrait. Bien au contraire. Seul l'être supérieur peut susciter en nous la soif qui se justifie, la soif de nous surpasser nous même en devenant ce que nous sommes véritablement. En présence de l'être supérieur, nous reconnaissons nos propres pouvoirs majestueux, nous n'aspirons pas à être cette personne, nous avons seulement soif de nous démontrer à nous même que nous sommes faits en vérité de cette même essence et cette même substance. Nous nous élançons en avant pour accueillir nos frères et soeurs, sachant sans nul doute possible que nous sommes tous de le même famille."
Henry Miller, Plexus
Par Raf - Publié dans : philog
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Commentaires

Ce qui est intéressant dans le rapprochement (l'opposition) Nietzsche-Miller, c'est le mode de déconstruction et le mode de vie.
Nietzsche, c'est la déconstruction métaphysique (religion, morale, culture judéo-chrétienne) mais dans un mode théorique et relativement ascétique (malade on a peine à penser qu'il ait pu épanouir sa sexualité). Il a vécu ses dernières années entre sa mère et sa soeur). Il a pensé la volonté de puissance mais était incapable de la vivre.


Miller c'est l'incarnation de la volonté de puissance, notamment dans l'exploration de sa sexualité (énergie conquérante et dominatrice, surplus de force active et dynamique, faculté créatrice). C'est aussi une pratique sociale qui lui a fait vivre et expérimenter cette volonté.


Mais tout deux se rejoignent dans le scandale de la dénonciation de la société de leurs contemporains et dans la trangression des ses tabous.


 

Commentaire n°1 posté par martin le 09/12/2007 à 14h21

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