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sur Nietzsche, et autres?

Vendredi 12 mai 2006

La mort de dieu

Première évidence, déclamée par un philosophe qui m’est cher, Friedrich Nietzsche. Nietzsche annonce : « Dieu est mort !». Que veut t-il dire ? Cherche-t-il un effet d’annonce, sous le mode d’un discours performatif, d’une parole qui agit ? Nietzsche tue-t-il Dieu ? Non. Nietzsche n’est pas un acteur. Il est posthume. Il est visionnaire. C’est le philosophe des cimes, des hauteurs. Il voit loin. La mort de Dieu, il l’annonce pour bientôt. Mais est-ce pure spéculation ? Parole en l’air d’un philosophe fou et seul ? Non. Nietzsche n’est pas fou, il est gai, il rit, il est dionysiaque. Et la science est pour lui fondamentale (il est philologue –approche scientifique des textes- de formation). Non, il a vu et interprété les signes.

            Les signes, ainsi que les causes de la mort de Dieu sont multiples mais s’expriment par la captation par la science de la capacité à expliquer l’aspect objectif de la réalité, à expliquer comment l’univers fonctionne. On explique la présence des objets, leurs dimensions objectives, poids, forme, composition, nature, mouvement, accélération… Puis on approche également avec les sciences de la vie, des plantes, des animaux, des hommes, ce qui touche le plus Dieu : la vie. Les sciences de la vie enlève la vie, son explication comme son incarnation à Dieu. Le développement de la science, naturelle et de la vie, est le premier signe du divin décès. Spinoza avait conçu Dieu comme l’entité subjective de l’univers, de la nature. Dieu ou la nature. Dieu comme le -Je- de la nature. Or, les sciences dépossèdent Dieu de la nature, de l’univers. Elle tue son corps. La science est donc de l’athéologie pure, athéologie signifiant discours sans Dieu.

Dieu est mort. Le personnage conceptuel (concept que j’emprunte à Gilles Deleuze…) commun à toute les philosophies théistes, celui qui représente la transcendance, décède, et avec lui la plus grande source de transcendance.

Nietzsche, donc a vu ces signes. Il constate le déclin de la pensée magique, dont les derniers signes sont l’idéalisme et la transcendance de sa génération. Plus besoin de recourir à l’existence d’arrières mondes, à des explications magiques, à un Dieu omniprésent (présent partout et toujours). La transcendance est l’omniprésence, la présence intégrale, et l’anti-présence, ce qui n’existe pas dans notre réalité immanente, mais qui pourrait exister, dans un arrière monde ou dans celui-ci, futur ou passé. Quelque chose de transcendantal s’applique donc partout, toujours, pour ce qui existe et peut exister, pour l’univers et pour d’éventuels mondes magiques qui, parait-il, l’engloberaient.

 En psychosociologie, la mort de Dieu est représentée par la mort symbolique du Père. (à développer)

             

La mort de Dieu comme personnage conceptuel, comme forme magique d’un mode de pensée, comme entité subjective de l’univers, comme Saint Père, sous les coups de marteaux scientifiques, rationnels, mais aussi philosophiques est donc symbolique mais avérée. Cependant, Dieu, ou la magie, reste par la représentation que l’on s’en fait. Un sujet sans objet. Un père sans enfants. Un concept pur, non réel. La croyance, les rites et l’incarnation sociale de Dieu se fait désormais sous le mode d’un deuil, du douloureux souvenir d’un être décédé. La croyance en son corps éventuel est remplacée par l’approche scientifique, le logos, celle qui donne confiance à l’humanité, qui mettra au monde un nouveau dieu, l’Homme par l’idéologie humaniste, universaliste, et scientiste (voir la deuxième évidence : la mort de l’Homme).

Il est évident que Dieu n’est pas mort pour tout le monde. Il y a premièrement la mémoire par les institutions (Eglise, Etat, école mais aussi langage, politesse, famille… les institutions sont des activités humaines qui comportent et mémorisent en elles des valeurs, des modes d’actions…) et par elles la survivance de valeurs théistes, des modes de pensée et d’action théistes. Deuxièmement, on assiste à un fort retour de la religion théiste, de la superstition, qui vient se nicher dans les endroits que le nihilisme du XXe siècle a rendus vacants.

Enfin, et cela est peut être d’une plus grande importance, on assiste au développement généralisée d’une attitude du croyant agenouillé, de l’assujettissement (ou mise en servitude volontaire) à un autre corps que le sien propre : ainsi, les nouvelles religions sont celles des idéologies, idéologie où priment toujours et partout le corps social sur le corps individuel (nazisme, fascisme, communisme, socialisme…), ou, de façon plus subtile avec le libéralisme, la primauté de l’individu (facette sociale et politique de la personne) sur la personne. Le libéralisme assujettit notre corps personnel à un corps idéal uniformisant, le corps individuel (idéalement rationnel), celui prôné par l’idéologie libérale et véhiculé par son media de prédilection, la télévision publicitaire (voir développement de cette idée dans : deuxième évidence : la mort de l’Homme).

 

Quel deuil philosophique adopter après le décès ? Un dolorisme hystérique généralisé ? Le repli dans le souvenir ? La dénégation ? La lutte symbolique pour une résurrection déiste et/ou paternaliste, toujours et partout assujettissante? Surtout pas ! La Gaya Scienza , la science gaie est le remède, celle du corps personnel, un logos et un sophos athés, une approche objective et universelle pour ce qui peut l'être, associée à une approche subjective et immanente de ce qui doit l'être. Sur le plan de la définition d'un nouveau sujet, j'appelle de mes voeux l’assujettissement libre et limité à l’intégralité de notre corps personnel, un corps encore à définir, à devenir sujet de son propre corps.

 

Par Raf
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Lundi 22 mai 2006

Nous voilà à notre deuxième évidence, une autre mort, la mort de l’Homme. Michel Foucault, travaillant sur une archéologie du savoir, montre que l’homme, comme concept, comme mot et donc comme réalité n’est que partie d’un episteme, d’une strate de savoir récente. Ici, il n’est pas question du fonctionnement du savoir sous forme de strates successives et superposées, mais plutôt de constater la nature relative et située dans le temps et dans l’espace du savoir (pour l’homme, on partira de la Grèce Antique jusqu’à nos jours). Si le concept d’homme est civilisationnel, relatif à d’autres concepts présents dans une strate de savoir, relatif à une certaine culture (organisation imaginée de la matière), il n’a rien d’absolu, rien d’universel, et par conséquent l’Homme est sujet à une possible mort culturelle. Qu’est ce qu’une mort culturelle ? Si l’on considère la Culture comme une organisation imaginée de la matière, une mort culturelle c’est la fin (soit par essoufflement de la notion, soit par un remplacement) de la prise en compte, de l’influence d’un concept, d’une idée, (dirai-je d’une réalité ?) dans le regard culturel, organisationnel sur la matière. Foucault montre par un relativisme de combat que l’Homme, donc, est sujet à une mort culturelle, il démontre une disparition possible de ce concept dans le panorama de la réalité (ici je considère la réalité comme un concept culturel, idée que je développerai plus tard). Mais avant toute considération possible, il fait définir ce que l’on entend par Homme.

L’Homme est ici considéré comme une catégorie, un concept, une Idée platonicienne (le monde des Idées de Platon n’étant en fait qu’une absolutisation de catégories culturelles). Ici, il est important de comprendre un point de la théorie platonicienne des Idées. Rappelons rapidement que Platon considère qu’il y a deux mondes, le monde matériel et le monde des Idées. Le monde matériel est grandement déprécié par Platon au profit d’un monde des Idées. Les Idées sont des réalités transcendantes qui font qu’un agencement d’atomes particulier appartient à une catégorie. Ainsi l’Idée de la chaise fait que tel agencement d’atomes appartient à l’Idée, à la catégorie chaise. Ce qui est important ce de comprendre que l’Idée n’est pas formée par ce qu’il y a de commun à toute les chaises, mais qu’elle préexiste et procède l’instance « chaise ». L’Homme comme Idée platonicienne n’est pas ce qu’il y a de commun à toutes les instances matérielles de cette Idée d’Homme, à tous les hommes mais plutôt ce qui définit un homme en tant que tel. Il y a donc chez Platon une primauté de l’Homme sur l’homme, de l’Idée sur l’instance matérielle. En affirmant l’existence de la catégorie, de l’Idée « Homme », on assume bien sûr une pertinence de cette catégorie « Homme », mais aussi une pertinence et une primauté de l’Idée tout court.

Selon Platon, l’Homme peut accéder au monde des Idées. En effet, l’homme conçu comme individu rationnel (ou chez Platon, le philosophe) est capable d’attraper les idées, de les comprendre, et de les formuler, tout cela par le Logos. On comprend mieux dès lors de quel Homme parle Platon, modèle de l’humanisme : l’homo-logos que l’on retrouve dans toute les idéologies (le citoyen pour le républicanisme, homo-economicus pour le libéralisme, l’aryen pour le nazisme…). Le logos est ainsi, pour cette perspective humaniste, ce qui rend tous les hommes des homologues, créant ainsi une communauté basée sur la Raison , et une vision unidimensionnelle de l’Homme : l’Homme Idéel.

On a évoqué dans la première évidence la théologie, le logos magique, la façon dont la réalité est expliquée par un verbe chargé de Dieu, père - superstructure unique du monde (je parle ici des monothéismes). Avec la mort de Dieu et la (Re)naissance de l’Homme, on passe de l’ère théologique à l’air idéologique. L’idéologie n’est pas de nature différente de la théologie. L’idéologie est la façon dont la réalité est expliquée par un verbe chargé d’Idée, superstructure plurielle du monde. L’Idée diffère de Dieu par son caractère pluriel. Il n’y a pas une Idée, mais plusieurs Idées, plusieurs catégories idéelles. Ainsi, pour chaque chose qui existe, il correspond une idée, alors que le monde magique et/ou théologique ne constitue qu’Un : Dieu, ou la Nature. Mais en affirmant la transcendance, ou dans une version plus « soft », l’universalisme de la catégorie idéelle « Homme », elle crée une norme : Si l’Idée Homme existe et qu’elle est transcendante ou universelle, elle définit donc des hommes, ceux qui correspondent ou semblent correspondre plus ou moins à cette Idée, et des non-hommes. Ainsi, paradoxalement peut-être, l’humanisme, sous ses différentes interprétations, a mené à la séparation souvent arbitraire entre des Hommes et des non-hommes, ou dans un langage Grec : Barbares. La Traite des Noirs, l’extinction des civilisations d’Amérique du Sud, la Terreur révolutionnaire, le massacre des Juifs et des Tziganes (on se rappellera le thème de sous-homme dans le langage nazi), Le goulag soviétique, l’emprisonnement (asile ou prison), la torture ne sont rendue possibles que par un logos idéologique, basé sur une superstructure humaniste.

L’humanisme, idéologie de l’Homme, affirme donc deux choses : l’Homme comme catégorie idéelle, mais aussi, l’Idée d’Homme comme norme transcendante et/ou universelle. Comprendre ce qu’est une idéologie et en quoi l’ « Homme idéel » est la superstructure qui permet une civilisation idéologique est très important. En effet, toute idéologie est un humanisme. Chaque idéologie propose une Idée d’Homme. L’aryen pour le nazisme. Le prolétaire pour le communisme. Le philosophe pour le platonisme. Le croyant pour la religion. L’homme rationnel étant un thème fortement récurrent. Chaque idéologie propose son Idée d’un homme unidimensionnel. Ainsi, le libéralisme est en tant qu’idéologie une proposition de cet homme unidimensionnel : l’individu comme être rationnel, l’homo-œconomicus). Cette idéologie, qui est aujourd’hui dominante à un point qu’on fait miroiter une possible mort des idéologies, fait primer la rationalité (qui est un phénomène social et politique) non pas au sein de la société, faisant ainsi primer un groupe supposé rationnel sur un individu supposé irrationnel, mais au sein de l’individu même. De cette façon, le libéralisme opère avec les mêmes logiques que la religion : par l’intériorisation, la naturalisation de normes. Et de fait, cela est plus rentable. Moins de répression extérieure, la répression se faisant à l’intérieur sous la forme de la culpabilité, du développement d’un sentiment d’impuissance à agir seul, d’une auto dépréciation de tout ce qui n’est pas l’aspect rationnel du moi. L’individu est un homme pressé, la pression la plus forte n’étant pas celle qui s’exerce à l’extérieure mais à l’intérieur, en l’homme. Ainsi le libéralisme n’est pas une idéologie extérieure, imposée, mais intérieure, acceptée. Dans cette logique de la religion intérieure, le groupe ne s’inscrit plus sur le corps de l’homme, par des rites de passage, des actions collectives, des répressions physiques (torture, travail, discipline, enfermement, voir Michel Foucault, Surveiller et Punir) mais bien plus subtilement en l’homme, par l’intériorisation et le contrôle. Ce contrôle s’exerce par l’imposition d’éléments dans notre environnement, dans notre espace d’affection mutuelle. La télévision, l’école, le langage (les mots jouant un rôle extrêmement important), la politesse, les codes de conduites... Ces signes sont imposés sous peine de violence physique ou symbolique (pression sociale, pression affective, isolement social, isolement affectif).

 

Mais, fort heureusement dirai-je, l’Homme est mortel. Car le paradigme de l’Idée est remis ne cause. On lui oppose une idée incarnée, non plus transcendante et universelle mais au contraire relative à une époque, un moment historique, un endroit situé. L’idée qui cesse d’être incarnée meurt.. Quand Nietzsche parle de l’  « humain, trop humain », puis du surhomme, travail ensuite poursuivi par Michel Foucault avec Surveiller et Punir, il montre que l’Idée d’Homme n’est qu’un paradigme, une idée issue d’une strate de savoir susceptible d’être enterré. La métaphore de la strate qui peu à peu s’enterre, comme on enterre dans beaucoup de culture, un corps mort, qui n’incarne plus. L’Homme est mort. Son corps idéel disparaît car, avec le temps il cesse d’être incarné par un corps matériel. L’idée de l’Homme disparaît avec la mort, naturelle, des derniers humanistes et la modification structurelle de l'environement. Comme un dieu meurt avec son dernier croyant. Il n’est pas question d’éliminer les humanistes (le temps s’en chargera). Mais de constater une possible mort, de relativiser, désuniversaliser, désenchanter la réalité. Enlever son statut transcendant à l’idée, comme son statut universel. La relativité appliquée à la métaphysique magique et idéologique.

Par Raf
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Jeudi 14 décembre 2006
Dès que je suis né, on m’a décidé une identité. « On » ! je parle des institutions dénaturantes bien sûr. Ma famille m’a donné un prénom, et un nom. La société m’a dit tu es homme, tu es européen, tu es français. L’Etat ma donné une carte, avec un numéro, une photo, une adresse et une taille qui ne correspondent plus. On m’a fait croire que j’étais tout cela : un nom, une origine, et une carte bientôt magnétique. On m’a fait croire que j’étais le même toute ma vie, que je portai une identité, que parce que j’avais ces symboles identitaires, identiques pour toute la période de ma vie, ils étaient moi, ils étaient ce que je suis, ce que j’étais, ce que je serai.
    Cela me trouble profondément. Ces symboles identitaires sont parfaitement ce que je ne suis pas : toujours le même. Je n’ai guère d’identité, je suis un, et un autre l’instant d’avant, et encore un autre l’instant d’après. Car mon corps change, il croît puis décroît, il génère et dégénère, il n’a pas les limites que l’on pourrait croire, il s’agence différemment à chaque moment. En termes atomistes, les atomes de mon corps changent, se déplacent, se remplacent. Mes cellules se dupliquent, mutent, échangent, importent, produisent et exportent, et meurent à chaque instant. Qu’en conclure sur l’identité ? Une identité du moi par le corps ? Peu concluant. L’âme alors. Oui, la croyance en une identité suppose celle en l’âme. L’âme intemporelle, l’âme permanente, l’âme identique. L’âme suppose l’identité comme l’identité suppose l’âme. Comme je ne croie pas à l’âme, je jette au loin cette identité par laquelle nous sommes censés nous affirmer. Moi, un nom ? Moi, une nationalité ? Moi, un numéro ? Moi, une carte ? Moi, un homme ? Quelles étrangetés !
Lorsqu’on tente de devenir ce qu'on est, on a que faire de ces nullités, de ces agents du nihilisme. L’identité est un statut, pas mon corps, ni mon moi. Il ne faut surtout pas oublier que le « moi » médiatise ces statuts, pas l’inverse, à savoir que ces statuts médiatisent le « moi ». Le « moi » porte ces noms, ces statuts tel le chameau du Zarathoustra de Nietzsche. Le moi n’est certainement pas ces statuts qu’on nous impose, que nous nous imposons en y consentant. Soyons Lion, et conquérons notre indépendance, notre autonomie, notre liberté ! Effaçons ces inscriptions identitaires qui marquent douloureusement notre corps. Oui, nous nous sommes marqués comme du vulgaire bétail, on a inscrit par la violence physique et/ou symbolique sur notre corps la marque de l’institution, du statut, de l’Etat, de la société à laquelle nous croyons tant.
Le moi c’est tout autre chose que ces marques débiles indélébiles. Le moi, c’est une perspective, changeant à chaque instant, sans aucune identité, sans aucune stabilité si ce n’est dans l’instant. Le moi, c’est la perspective que j’ai de mon environnement à un instant présent. Et pas d’interprétation dualiste s’il vous plaît ! Quand je dis moi et environnement, j’associe, j’unifie, je fais communier mon environnement et le « moi ». L’environnement n’est que la perception que j’en ai via mes sens et ma conscience. Ma conscience et mes sens, le moi les perçoit comme partie intégrante d’un même tout, dont fait partie mon moi. Le « moi » n’est ni l’environnement censé exister autour de moi, ni la sensation que j’en ai, ni la cognition, la conscience que j’en ai, mais la perspective que tout cela m’offre. En somme, le moi n’est pas séparé du monde, mais il est le monde. Lorsqu’on a compris l’importance de l’instant, l’oubli de toute identité, qu’on a compris l’erreur du dualisme, alors on peut devenir l’Enfant innocent dont parle Zarathoustra, à la suite du Chameau décadent et du Lion conquérant. 
Par Raf
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Samedi 30 décembre 2006

Une des plus grande opposition en philosophie, et dans le monde bien sûr, est celle de la liberté face au déterminisme. Classiquement, on pose la question de la liberté ou de son absence par l’alternative suivante : soit on est déterminé, et donc la liberté n’est pas possible. Soit on est libre, et le déterminisme n’est pas possible. De cette alternative, grossièrement posée ici, peu en réchappent. Beaucoup oublient le déterminisme, et postulent la liberté sans fondement aucun. D’autres affirment le déterminisme total, matérialiste ou social, bien souvent les deux, sans prendre en compte le sentiment, la représentation d’être libre. Les desseins de ceux qui affirment soit la liberté soit le déterminisme de la volonté, sont divers et plus ou moins conscients : celui d’imprimer ou d’effacer la responsabilité, le sentiment de culpabilité dans l’homme, ou bien vouloir de dominer une vie qui bien souvent nous échappe totalement. Certains cependant ont développé une pensée plus fine. Je pense à Spinoza, qui affirme que la volonté libre n’est qu’une interprétation mauvaise d’une série de causes qui détermine cette volonté. Je pense à Nietzsche qui affirme que la seule liberté que nous avons est celle d’apprécier notre détermination, notre destin.

Liberté : Quel mot d’ordre précis ! Liberté de penser ? Liberté de volonté ? Volonté libre ? Toutes ? Certains font une distinction entre la liberté politique et la liberté de la volonté. N’est-il pas étrange de croire que les phénomènes politiques et sociaux, humains échappent à toute physique, à toute nature ? « L’homme naît libre ! » affirme-t-on. Bel idéal, certes. Mais comment ? Aurions nous donc une volonté ?

Déterminisme. Ne serions nous que des atomes, des corps, des atomes sociaux ? Ne serions nous que les réceptacles de déterminismes atomiques, sociaux et biologiques ? Ne serions nous que des pantins dont les ficelles nous échappent totalement ? N’aurions nous donc aucune volonté ?

            Car cette opposition, cette alternative trop souvent inconciliable se dissout en un mot : la volonté. Oui, nous voulons. La volonté est à différencier du choix, piètre interprétation morale (trop humaine…) de la volonté. Le problème du couple liberté/déterminisme se limite à la question suivante : Ai-je une volonté propre, libre, sans aucune cause, ou ma volonté n’est-elle que partie de causes (atomiques, biologiques ou sociales) qui me dépassent ?

            Etrange opposition. Je sais n’être qu’atomes, n’être qu’un corps biologique, n’être qu’individu (au sens de corps indivisible socialement, ou atome social). Je conçoit être totalement déterminé, physiquement et socialement, et pourtant… Je veux. Ma volonté n’est sûrement que le résultat de mes déterminismes, interprétée libre par ignorance, par innocence. Là est toute la solution ! De là découle la clarté libertaire (la liberté comme ultime) ! Si on est libre, cela ne peut être que par représentation interposée. On se représente libre. On se perçoit libre. La sagesse sophiste (redondance ô combien nécessaire) nous apprend que si une vérité existe, c’est celle des apparences. On est libre que par innocence, par ignorance de ses propres déterminismes. Nous avons l’apparence (par innocence) d’être libre, et cela est plaisant.

Mais alors qu’est ce être libertaire ? Quel est le but de la connaissance de ses déterminismes ? Quel est le but d’une civilisation socratique, d’une civilisation en soif de connaissance (cf Nietzsche, la naissance de la tragédie) ? Une civilisation qui, selon les dires bibliques, s’est condamnée elle-même par amour de la connaissance, qui a croquée la pomme ? C’est là qu’il faut comprendre la liberté comme affranchissement. Que dit Nietzsche quand il introduit la connaissance comme élément civilisationnel à dépasser ? Il dit : connais toi toi-même, connais la chaîne des causes qui déterminent ta volonté, mais cela n’est pas ton but ultime, ta connaissance ne te mènera pas vers la liberté, elle t’enchaînera, tu te trouveras enchaîné par cette chaîne de causes. La connaissance n’a pas pour but la liberté. La connaissance a pour but l’enchaînement. Non, il dit plutôt : connais toi toi-même pour mieux t’oublier, pour connaître ta chaîne afin de mieux la détruire, la casser et retrouver ton innocence d’ignorant, d’enfant. La liberté pour le libertaire c’est donc connaître ses chaînes pour mieux s’en affranchir, oublier sa connaissance pour assainir ses représentations, atteindre la grande Santé. Connais ton corps, connais ton environnement et oublie les, affranchis t-en. Alors tu seras libre et innocent.

Par Raf
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