évidence 1 : La mort de Dieu

Publié le par Raf

La mort de dieu

Première évidence, déclamée par un philosophe qui m’est cher, Friedrich Nietzsche. Nietzsche annonce : « Dieu est mort !». Que veut t-il dire ? Cherche-t-il un effet d’annonce, sous le mode d’un discours performatif, d’une parole qui agit ? Nietzsche tue-t-il Dieu ? Non. Nietzsche n’est pas un acteur. Il est posthume. Il est visionnaire. C’est le philosophe des cimes, des hauteurs. Il voit loin. La mort de Dieu, il l’annonce pour bientôt. Mais est-ce pure spéculation ? Parole en l’air d’un philosophe fou et seul ? Non. Nietzsche n’est pas fou, il est gai, il rit, il est dionysiaque. Et la science est pour lui fondamentale (il est philologue –approche scientifique des textes- de formation). Non, il a vu et interprété les signes.

            Les signes, ainsi que les causes de la mort de Dieu sont multiples mais s’expriment par la captation par la science de la capacité à expliquer l’aspect objectif de la réalité, à expliquer comment l’univers fonctionne. On explique la présence des objets, leurs dimensions objectives, poids, forme, composition, nature, mouvement, accélération… Puis on approche également avec les sciences de la vie, des plantes, des animaux, des hommes, ce qui touche le plus Dieu : la vie. Les sciences de la vie enlève la vie, son explication comme son incarnation à Dieu. Le développement de la science, naturelle et de la vie, est le premier signe du divin décès. Spinoza avait conçu Dieu comme l’entité subjective de l’univers, de la nature. Dieu ou la nature. Dieu comme le -Je- de la nature. Or, les sciences dépossèdent Dieu de la nature, de l’univers. Elle tue son corps. La science est donc de l’athéologie pure, athéologie signifiant discours sans Dieu.

Dieu est mort. Le personnage conceptuel (concept que j’emprunte à Gilles Deleuze…) commun à toute les philosophies théistes, celui qui représente la transcendance, décède, et avec lui la plus grande source de transcendance.

Nietzsche, donc a vu ces signes. Il constate le déclin de la pensée magique, dont les derniers signes sont l’idéalisme et la transcendance de sa génération. Plus besoin de recourir à l’existence d’arrières mondes, à des explications magiques, à un Dieu omniprésent (présent partout et toujours). La transcendance est l’omniprésence, la présence intégrale, et l’anti-présence, ce qui n’existe pas dans notre réalité immanente, mais qui pourrait exister, dans un arrière monde ou dans celui-ci, futur ou passé. Quelque chose de transcendantal s’applique donc partout, toujours, pour ce qui existe et peut exister, pour l’univers et pour d’éventuels mondes magiques qui, parait-il, l’engloberaient.

 En psychosociologie, la mort de Dieu est représentée par la mort symbolique du Père. (à développer)

             

La mort de Dieu comme personnage conceptuel, comme forme magique d’un mode de pensée, comme entité subjective de l’univers, comme Saint Père, sous les coups de marteaux scientifiques, rationnels, mais aussi philosophiques est donc symbolique mais avérée. Cependant, Dieu, ou la magie, reste par la représentation que l’on s’en fait. Un sujet sans objet. Un père sans enfants. Un concept pur, non réel. La croyance, les rites et l’incarnation sociale de Dieu se fait désormais sous le mode d’un deuil, du douloureux souvenir d’un être décédé. La croyance en son corps éventuel est remplacée par l’approche scientifique, le logos, celle qui donne confiance à l’humanité, qui mettra au monde un nouveau dieu, l’Homme par l’idéologie humaniste, universaliste, et scientiste (voir la deuxième évidence : la mort de l’Homme).

Il est évident que Dieu n’est pas mort pour tout le monde. Il y a premièrement la mémoire par les institutions (Eglise, Etat, école mais aussi langage, politesse, famille… les institutions sont des activités humaines qui comportent et mémorisent en elles des valeurs, des modes d’actions…) et par elles la survivance de valeurs théistes, des modes de pensée et d’action théistes. Deuxièmement, on assiste à un fort retour de la religion théiste, de la superstition, qui vient se nicher dans les endroits que le nihilisme du XXe siècle a rendus vacants.

Enfin, et cela est peut être d’une plus grande importance, on assiste au développement généralisée d’une attitude du croyant agenouillé, de l’assujettissement (ou mise en servitude volontaire) à un autre corps que le sien propre : ainsi, les nouvelles religions sont celles des idéologies, idéologie où priment toujours et partout le corps social sur le corps individuel (nazisme, fascisme, communisme, socialisme…), ou, de façon plus subtile avec le libéralisme, la primauté de l’individu (facette sociale et politique de la personne) sur la personne. Le libéralisme assujettit notre corps personnel à un corps idéal uniformisant, le corps individuel (idéalement rationnel), celui prôné par l’idéologie libérale et véhiculé par son media de prédilection, la télévision publicitaire (voir développement de cette idée dans : deuxième évidence : la mort de l’Homme).

 

Quel deuil philosophique adopter après le décès ? Un dolorisme hystérique généralisé ? Le repli dans le souvenir ? La dénégation ? La lutte symbolique pour une résurrection déiste et/ou paternaliste, toujours et partout assujettissante? Surtout pas ! La Gaya Scienza , la science gaie est le remède, celle du corps personnel, un logos et un sophos athés, une approche objective et universelle pour ce qui peut l'être, associée à une approche subjective et immanente de ce qui doit l'être. Sur le plan de la définition d'un nouveau sujet, j'appelle de mes voeux l’assujettissement libre et limité à l’intégralité de notre corps personnel, un corps encore à définir, à devenir sujet de son propre corps.

 

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T
TOMAS Pierre-YannMerci pour ces lignes d'une verdeur sans pareil !   C'est toujours un plaisir enivrant que de boire à la coupe d'un puissant et d'apprendre. Pour ma part, avec 14 auteurs de pays différents nous sommes " l'auteur "  de: " La rose blanche et l'olivier "sur:http://yadiam.over-blog.com/Nous y parlons de Paix, d'Amour, de Philosophie,  mais aussi de Voyages, de Sciences, de Kabbala, de Soufisme... bref, de toutes les ficelles et cordes que la Poésie nous offre. PS: n'hésitez pas à laisser un commentaire: nous vous répondrons.
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M
Dieu est mort, mais les dieux sont bien vivants ... et toutes les sectes, les gourous prolifèrent aussi bien au Nord qu'au Sud.<br />  <br /> <br /> Ne voit-on pas le retour des superstitions et de l’irrationnel ?<br />  <br /> <br /> Derrière Dieu, n’y a-t-il pas toujours eu la peur de la mort. Le nihilisme du 20 eme siècle n’a fait que renforcer le besoin de spiritualité, voir de religion. Voir à ce propos les 2 contributions suivantes :<br />  <br /> <br /> « La spiritualité est l'enjeu majeur du 21eme siècle. En effet, la principale leçon du 20eme siècle a été l'échec des grandes utopies sociales ou politiques (communisme, hippies... sans parler des déceptions de l'utopie républicaine). Cet échec a eu pour cause régulière notre incapacité à nous comporter en harmonie avec un idéal de paix ou de solidarité. Seuls quelques petits groupes fortement spiritualisés y sont arrivés. La conclusion qui s'impose est qu'une approche sociale ou politique n'est pas suffisamment efficace pour améliorer nos mentalités: seules les méthodes spirituelles (ou, dans une moindre mesure, psychologiques) se sont montrées véritablement capables de nous permettre de contrôler notre propre esprit, et en éliminer ces conditionnements et limitations qui nous font faire du mal aux autres et à nous mêmes. Seules ces méthodes spirituelles peuvent nous permettre de vraiment bâtir cette vie sereine dont nous rêvons tous. C'est bien ce que Malraux avait compris, après ses années de combat, et qu'il a voulu exprimer dans cette formule percutante. En fait les méthodes spirituelles nous offrent même bien plus que ce que la seule matière ne pourra jamais nous promettre: d'accéder, au delà de notre mort, à une vie paradisiaque, définitivement à l'abri de toute souffrance, et comblant nos rêves les plus fous. »<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> « Les superstitions<br />  <br /> <br /> Chères auditrices, chers auditeurs, aujourd’hui Jean-Michel NIVET pour<br /> la Libre Pensée..<br />  <br /> <br /> <br /> La France<br /> vit une transformation des croyances : tout en observant une relativisation des convictions chrétiennes, et c’est très bien, il y a en même temps :- comme disait Cavanna :o une pression religieuse qui se fait de plus en plus irrésistible alors que les débuts du XX ème siècle laissaient justement espérer une progressive victoire de la raison et une avancée lente mais irréversible de la laïcitéo main dans la main avec la démocratie ».En même temps que<br /> la France<br /> vit une transformation des croyances et des religions, on voit :- une manifestation inquiétante de l’islam que les inégalités et discriminations sociales peuvent expliquer ;- une montée dangereuse de l’intégrisme (même si je fais la différence entre les deux, les mêmes causes provoquent souvent les mêmes effets).<br />  <br /> <br /> La laïcité est donc le seul rempart à cette escalade d’un nouvel obscurantisme.<br /> La République<br /> française proclame sa laïcité : il suffit de s’y tenir. L’école laïque et républicaine, en premier lieu, doit être préservée de toute pénétration, non seulement confessionnelle mais aussi économique ou idéologique, même déguisée sous des dehors ludiques ou culturels.Ainsi on voit une apparition de croyances à des phénomènes, comme les superstitions, l’astrologie, la télépathie, les esprits, les fantômes, la réincarnation, etc.. D’ailleurs, Pascal Boyer, antropologue et chercheur au CNRS expliquait que cette diversité de croyances est une illusion et que toutes les croyances religieuses et magiques du monde sont construites sur le même plan.D’autre part, certains sociologues affirment que nous assistons à une décomposition peut-être irreversible du religieux chrétien mais qu’en même temps nous voyons l’émergence forte de pratiques et de croyances qui puisent leurs ressorts ailleurs. L’importance acquise par les sciences fait que de nombreuses croyances leur empruntent leurs apparences pour mieux convaincre. Nos amis Jean Dubessy et Guillaume Lecointre ont d’ailleurs dirigé la rédaction d’un excellent ouvrage qui parle des intrusions spiritualistes et impostures intellectuelles en sciences (éditions Syllepse). Il y a la foi et ceux qui se servent de la foi pour manipuler les croyants. Ce qui n’exclut pas d’ailleurs qu’eux-mêmes soient croyants.<br />  <br /> <br /> D’aucuns attribue à Malraux une phrase : « Le 21ème siècle sera religieux ou ne sera pas » (j’aimerai d’ailleurs que quelqu’un cite un jour où, dans quel texte, et à quelle occasion il l’aurait prononcée ou écrite). D’autres, comme pour l’excuser ou se montrer plus laïques corrigent vite en affirmant qu’il n’a pas dit cela, que ce n’est pas « religieux » qu’il a dit mais « spirituel ». Nuance que je dicerne peu et qui me font dire que ce 21ème siècle est – nous sommes en 2004 –, et qu’il reste comme ont été les précédents, toujours aussi superstitieux.<br />  <br /> <br /> On assiste même – comme titrait un journal bien connu habitué aux poids des mots et au choc des photos – à un grand retour des superstitions. A époque angoissée, on cherche de rassurants fétiches ! Même la publicité et le monde des affaires font de certaines croyances des atouts markéting. Ce journal de citer que de plus en plus d’entreprises sont amenées à tenir compte des croyances superstitieuses dans leur activité. Ainsi, une réunion de travail d’un grand groupe n’a pu se tenir qu’en faisant sortir une personne à tour de rôle car ils auraient été treize autour de la table et que cela est dangereux. Même s’il m’arrive souvent de dire en plaisentant qu’il ne faut pas être superstitieux car cela porte malheur, on voit l’abérration de telles craintes.<br />  <br /> <br /> Dans la conception de produits et dans leur communication, les industriels essaient de plus en plus de séduire le public avec des éléments qui échappent au rationel. D’ailleurs, pour éviter toute dérive, le BVP (bureau de vérification de la publicité) a inclus un article dans le Code de la consommation concernant les superstitions : « La publicité, sauf raison justifiable, doit proscrire toute exploitation du sentiment de peur. La publicité doit proscrire toute exploitation de la superstition ».<br />  <br /> <br /> Le pays de Descartes et du rationalisme serait-il en train de perdre la raison ? Heureusement non, ou du moins pas encore ! Toutefois, ce qui est inquiétant et nouveau, c’est qu’on est maintenant superstitieux du bas en haut de l’échelle sociale. Les superstitions ne sont plus l’apanage de ceux qui n’ont reçu aucun enseignement, ni des naïfs et des réveurs. Même la diffusion du savoir, l’élévation du niveau d’études et la progression des sciences n’en sont pas venues à bout.<br />  <br /> <br /> Pourquoi la superstition existe-t-elle chez tous les peuples et à toutes les époques ? Elle semble ancrée en l'homme, même si sa présence est plus ou moins visible selon les sociétés et les siècles. Depuis la nuit des temps, l'homme a usé – pour ne pas dire abusé – de talismans, d'amulettes, de formules magiques et autres grigris, pour conjurer le sort, dominer le visible par l'invisible, espérer obtenir la réalisation de ses désirs.<br />  <br /> <br /> Ainsi, il pense que toutes ces prières et incantations :- l’aident à rester en vie- repoussent les angoisses de la mort- lui donnent l'impression de maîtriser tous les éléments de sa vie (ceux qu'il ne peut en fait pas contrôler).Ce qui est assez amusant – pour ne pas dire attristant, voire affligeant –, c’est qu’il se trouve des psychologues et des psychanalystes qui voient dans les superstitions autant de repères essentiels à l'équilibre mental de l'homme. Au lieu de :- s’inquiéter des peurs que les superstitions engendrent- déplorer l’insécurité sociale et la violence générale de notre société,ces mêmes personnes vont même jusqu’à affirmer, sans scrupule, que les superstitions nous permettent de nous orienter et de nous protéger dans un univers inquiétant.<br />  <br /> <br /> Ce besoin de se rassurer par la superstition explique le regain de croyances qui peuvent apparaître chez un individu au moment d'un examen par exemple, d’une compétition sportive ou qui perdurent dans certains corps de métier à risques, comme les mineurs, les pilotes, les marins-pêcheurs... Ainsi, il n'est pas de bon augure que la bouteille ne se brise pas dès le premier coup sur la proue d'un bateau lors de son baptême. Si cela arrive, la malchance s'attachera au navire. Attention donc si on vous confie la lourde responsabilité de lancer le Champagne... Sachez aussi que, si vous vous destinez à la marine, il est préférable de vous faire tatouer. Cela éloigne les démons et les mauvais esprits du bateau sur lequel vous embarquez. Toujours bon à savoir ! Il paraîtrait également que les tatouages protègent des maladies vénériennes... Les sceptiques conseillent plutôt de rester prudent et couvert !<br />  <br /> <br /> Freud quant à lui, voyait les signes d'une névrose obsessionnelle dans la superstition consistant à voir des présages dans certains faits ou à croire aux rêves prémonitoires.<br />  <br /> <br /> Cependant, l'un des principaux dangers de la superstition reste son utilisation collective, lorsque d'aucuns s'en servent pour manipuler une population. On l'a ainsi vu de nombreuses fois dans l'Histoire devenir outil d'asservissement dans les mains de missionnaires ou de gourous.<br />  <br /> <br /> La superstition a été et est toujours – hélas – le support d’actes de barbarie. Nombre de superstitions traditionnelles ont poussé par le passé à des actes de cruauté gratuite envers les animaux et les humains. Ainsi en est-il des bossus et des infirmes, dont le handicap était assimilé à des disgraces divines et qui furent :- persécutés et rejetés en raison de leur ressemblance avec l'image du sorcier imposée par les contes populaires- utilisés comme boucs émissaires pour calmer les angoisses de la population.Ceci explique certainement le regard fuyant, la considération misérable et la difficile intégration que subissent toujours les handicapés.<br />  <br /> <br /> • Qui est superstitieux ?<br />  <br /> <br /> Pour conclure, je voudrais mettre en garde ceux qui affirment savoir parfaitement qui est superstitieux aujourd’hui. Méfions-nous des idées reçues. On l'est souvent sans en avoir clairement conscience. La superstition s’immisce et s'insinue dans les esprits les plus cartésiens.<br />  <br /> <br /> Je le répète, plusieurs études sociologiques ont souligné que les personnes possédant les meilleures connaissances scientifiques ne sont pas les moins superstitieuses ou les plus rationnelles. De même, une augmentation du niveau d'instruction est loin d'aller de pair avec une diminution de la croyance. D'ailleurs la croyance au paranormal et au parascientifique augmente, comme les connaissances scientifiques, avec le niveau d'études, celle-ci n'étant pas vécue comme contradictoire avec la science institutionnelle. En revanche, les personnes d'un niveau d'études supérieures sont rarement réceptives aux superstitions dites traditionnelles.<br />  <br /> <br /> Ancrées dans l'inconscient individuel et collectif, les superstitions ont hélas encore de beaux jours devant elles. »<br />  <br />
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