identités: les marques du chameau
Dès que je suis né, on m’a décidé une identité. « On » ! je parle des institutions dénaturantes bien sûr. Ma famille m’a donné un prénom, et un nom. La société m’a dit tu es homme, tu es européen, tu es français. L’Etat ma donné une carte, avec un numéro, une photo, une adresse et une taille qui ne correspondent plus. On m’a fait croire que j’étais tout cela : un nom, une origine, et une carte bientôt magnétique. On m’a fait croire que j’étais le même toute ma vie, que je portai une identité, que parce que j’avais ces symboles identitaires, identiques pour toute la période de ma vie, ils étaient moi, ils étaient ce que je suis, ce que j’étais, ce que je serai.
Cela me trouble profondément. Ces symboles identitaires sont parfaitement ce que je ne suis pas : toujours le même. Je n’ai guère d’identité, je suis un, et un autre l’instant d’avant, et encore un autre l’instant d’après. Car mon corps change, il croît puis décroît, il génère et dégénère, il n’a pas les limites que l’on pourrait croire, il s’agence différemment à chaque moment. En termes atomistes, les atomes de mon corps changent, se déplacent, se remplacent. Mes cellules se dupliquent, mutent, échangent, importent, produisent et exportent, et meurent à chaque instant. Qu’en conclure sur l’identité ? Une identité du moi par le corps ? Peu concluant. L’âme alors. Oui, la croyance en une identité suppose celle en l’âme. L’âme intemporelle, l’âme permanente, l’âme identique. L’âme suppose l’identité comme l’identité suppose l’âme. Comme je ne croie pas à l’âme, je jette au loin cette identité par laquelle nous sommes censés nous affirmer. Moi, un nom ? Moi, une nationalité ? Moi, un numéro ? Moi, une carte ? Moi, un homme ? Quelles étrangetés !
Lorsqu’on tente de devenir ce qu'on est, on a que faire de ces nullités, de ces agents du nihilisme. L’identité est un statut, pas mon corps, ni mon moi. Il ne faut surtout pas oublier que le « moi » médiatise ces statuts, pas l’inverse, à savoir que ces statuts médiatisent le « moi ». Le « moi » porte ces noms, ces statuts tel le chameau du Zarathoustra de Nietzsche. Le moi n’est certainement pas ces statuts qu’on nous impose, que nous nous imposons en y consentant. Soyons Lion, et conquérons notre indépendance, notre autonomie, notre liberté ! Effaçons ces inscriptions identitaires qui marquent douloureusement notre corps. Oui, nous nous sommes marqués comme du vulgaire bétail, on a inscrit par la violence physique et/ou symbolique sur notre corps la marque de l’institution, du statut, de l’Etat, de la société à laquelle nous croyons tant.
Le moi c’est tout autre chose que ces marques débiles indélébiles. Le moi, c’est une perspective, changeant à chaque instant, sans aucune identité, sans aucune stabilité si ce n’est dans l’instant. Le moi, c’est la perspective que j’ai de mon environnement à un instant présent. Et pas d’interprétation dualiste s’il vous plaît ! Quand je dis moi et environnement, j’associe, j’unifie, je fais communier mon environnement et le « moi ». L’environnement n’est que la perception que j’en ai via mes sens et ma conscience. Ma conscience et mes sens, le moi les perçoit comme partie intégrante d’un même tout, dont fait partie mon moi. Le « moi » n’est ni l’environnement censé exister autour de moi, ni la sensation que j’en ai, ni la cognition, la conscience que j’en ai, mais la perspective que tout cela m’offre. En somme, le moi n’est pas séparé du monde, mais il est le monde. Lorsqu’on a compris l’importance de l’instant, l’oubli de toute identité, qu’on a compris l’erreur du dualisme, alors on peut devenir l’Enfant innocent dont parle Zarathoustra, à la suite du Chameau décadent et du Lion conquérant.
Cela me trouble profondément. Ces symboles identitaires sont parfaitement ce que je ne suis pas : toujours le même. Je n’ai guère d’identité, je suis un, et un autre l’instant d’avant, et encore un autre l’instant d’après. Car mon corps change, il croît puis décroît, il génère et dégénère, il n’a pas les limites que l’on pourrait croire, il s’agence différemment à chaque moment. En termes atomistes, les atomes de mon corps changent, se déplacent, se remplacent. Mes cellules se dupliquent, mutent, échangent, importent, produisent et exportent, et meurent à chaque instant. Qu’en conclure sur l’identité ? Une identité du moi par le corps ? Peu concluant. L’âme alors. Oui, la croyance en une identité suppose celle en l’âme. L’âme intemporelle, l’âme permanente, l’âme identique. L’âme suppose l’identité comme l’identité suppose l’âme. Comme je ne croie pas à l’âme, je jette au loin cette identité par laquelle nous sommes censés nous affirmer. Moi, un nom ? Moi, une nationalité ? Moi, un numéro ? Moi, une carte ? Moi, un homme ? Quelles étrangetés !
Lorsqu’on tente de devenir ce qu'on est, on a que faire de ces nullités, de ces agents du nihilisme. L’identité est un statut, pas mon corps, ni mon moi. Il ne faut surtout pas oublier que le « moi » médiatise ces statuts, pas l’inverse, à savoir que ces statuts médiatisent le « moi ». Le « moi » porte ces noms, ces statuts tel le chameau du Zarathoustra de Nietzsche. Le moi n’est certainement pas ces statuts qu’on nous impose, que nous nous imposons en y consentant. Soyons Lion, et conquérons notre indépendance, notre autonomie, notre liberté ! Effaçons ces inscriptions identitaires qui marquent douloureusement notre corps. Oui, nous nous sommes marqués comme du vulgaire bétail, on a inscrit par la violence physique et/ou symbolique sur notre corps la marque de l’institution, du statut, de l’Etat, de la société à laquelle nous croyons tant.
Le moi c’est tout autre chose que ces marques débiles indélébiles. Le moi, c’est une perspective, changeant à chaque instant, sans aucune identité, sans aucune stabilité si ce n’est dans l’instant. Le moi, c’est la perspective que j’ai de mon environnement à un instant présent. Et pas d’interprétation dualiste s’il vous plaît ! Quand je dis moi et environnement, j’associe, j’unifie, je fais communier mon environnement et le « moi ». L’environnement n’est que la perception que j’en ai via mes sens et ma conscience. Ma conscience et mes sens, le moi les perçoit comme partie intégrante d’un même tout, dont fait partie mon moi. Le « moi » n’est ni l’environnement censé exister autour de moi, ni la sensation que j’en ai, ni la cognition, la conscience que j’en ai, mais la perspective que tout cela m’offre. En somme, le moi n’est pas séparé du monde, mais il est le monde. Lorsqu’on a compris l’importance de l’instant, l’oubli de toute identité, qu’on a compris l’erreur du dualisme, alors on peut devenir l’Enfant innocent dont parle Zarathoustra, à la suite du Chameau décadent et du Lion conquérant.
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